
Derrière le bling-bling, une plongée dans les soubassements idéologiques du sarkozysme
par Laurent Mouloud, L’Humanité, 9 novembre 2009
Que tous ceux qui attendent impatiemment d’en finir avec Nicolas Sarkozy prennent garde : le dernier livre de Serge Portelli ne leur fera pas forcément plaisir. Pourquoi ? Tout simplement parce que le vice-président du tribunal de Paris rappelle une évidence qui fait mal : la défaite électorale de l’actuel chef de l’État et de son barnum médiatique ne signera pas la fin du « sarkozysme » en tant que tel. Derrière le blingbling présidentiel grandit une idéologie binaire et dangereuse qui survivra au porteur de Rolex et à l’agitation caricaturale de l’hôte de l’Élysée. C’est dit : « La superficialité de la politique spectacle ne doit pas faire oublier la marche réelle du pouvoir et ses soubassements idéologiques. »
Laissant donc de côté les paillettes, le magistrat a décidé de réexplorer cette « pensée » sarkozyenne dont Nicolas S., simple animal politique, n’est finalement que le prête-nom et l’éphémère porte-parole. Avec une belle rigueur intellectuelle, l’auteur produit une analyse séduisante des discours, des réformes et de l’esprit de la présidence. Le sarkozysme ? Un ordre politique nouveau, voire une société nouvelle qui vénère « l’action », « l’immédiateté », et abhorre toute complexité, à commencer par celle de la pensée. « Le sarkozysme est une simplification du monde qui s’illustre dans le parler vrai et simple revendiqué par l’exécutif comme dans la solutionnite aiguë dont l’État est atteint. » À chaque problème, une solution ! Mais surtout pas d’explication…
Le sarkozysme, c’est aussi cette société où l’on nous vend une illusoire sécurité absolue, à grands coups de « tolérance zéro », de vidéosurveillance et de « mesure de la dangerosité », une société où les libertés publiques et l’humanité sont secondaires, où l’on méprise les faibles, les « assistés », où il faut « gagner plus ». « Le modèle, écrit Portelli, est celui de l’hommemarchandise : obéissant, il se lève tôt pour travailler plus, être encore plus performant, plus rentable. » Le sarkozysme, c’est évidemment l’omniprésence médiatique, les plans de communication qui endorment la vigilance du peuple et organisent le brouillage idéologique permanent. Nous en sommes là. « Dans cet État limite et autolimité, à la frontière instable de la démocratie, sans cesse tenté par l’excès et la transgression. » Sortir de ce sarkozysme est évidemment possible. Mais le chemin sera long, prévient Serge Portelli. Et commencera par « réapprendre à penser », à redécouvrir cette complexité de la nature humaine qui effraie tant les sarkozyens.
Sommaire
L’IDEOLOGIE
- L’idéologie sarkozyste par défaut : l’idéologie, c’est l’autre
- Le premier pilier : l’homme et son destin dans une société sans risque
- Le deuxième pilier : le culte de la peur
- Le troisième pilier : la réduction de la complexité
L’EMPRISE
- les légitimations paradoxales
- Les deux étages idéologiques
- L’empire médiatique
L’ETAT-LIMITE
- Le sarkozysme à la frontière de la démocratie
- L’autoritarisme
- Le panoptique sarkozyste : détections, surveillances et fichage
- L’enfermement idéologique