
- « tout défaut de transmission [...] sera qualifié de service non fait, avec les conséquences qui y sont attachées » (extrait d’une note adressée le 10 mars 2009 par un IA à un directeur d’école)
Un communiqué du Syndicat National des Personnels d’Inspection
Non à la manipulation des statistiques sur les évaluations CM2 !
le 12 mars 2009
Des témoignages nous parviennent de toute la France faisant état de pressions directes ou indirectes des IA-DSDEN [2] sur les IEN CCPD [3] pour gonfler les statistiques des remontées des évaluations CM2. La plupart des instructions données l’ont été oralement, mais certaines instructions écrites nous sont parvenues et confirment les alertes qui nous ont été lancées.
Ces instructions consistent à demander aux IEN CCPD de transformer les fichiers des résultats renseignés par les directeurs d’école, notamment ceux qui ont intégré un code 2 validant des compétences partielles, ou bien à transformer les codes A en 0 ou en 1 pour faire remonter les scores.
Le SNPI-fsu appelle les inspecteurs à ne pas compromettre leur indispensable légitimité professionnelle au sein de leur circonscription, ainsi que la valeur de leur expertise institutionnelle nationale dans des opérations de manipulation des informations qu’ils ont à valider et à transmettre.
Ce genre de pratique déroge à l’évidence à la déontologie la plus élémentaire. Elle met à mal la neutralité du service public et la confiance des citoyens envers la fonction publique. Dans certains cas, les instructions délivrées par les IA-DSDEN s’apparentent à une demande de production de faux en écriture publique dénoncée par le Code de procédure publique et le Code pénal. Dans d’autres cas, les instructions sont accompagnées de menaces sur la carrière, voire sur la réussite au prochain oral d’un concours national de recrutement. Là encore, ce genre de pratique est dénoncée par la morale et les lois et il est susceptible de poursuites judiciaires.
Dans la plupart des cas qui nous ont été communiqués, la même légitimation de l’opération revient, comme l’expression d’une manipulation grossière : « l’académie (ou le département, selon les cas) est classée dernière dans la remontée des résultats des évaluations ; il faut absolument atteindre le niveau national, sinon les sanctions vont tomber (sous-entendu pour le recteur, l’IA-DSDEN, voire les IEN CCPD) ». Stupéfiante course à l’échalote !
Cette information doit être croisée avec les témoignages de plus en plus nombreux qui nous parviennent sur la gestion autoritaire et ouvertement menaçante par le ministère et l’administration centrale à l’encontre des recteurs et des IA-DSDEN. Le limogeage spectaculaire de l’IA-DSDEN du Rhône a été à cet égard l’élément de trop dans cette gestion archaïque, irrespectueuse et contraire aux valeurs de notre République et de la démocratie. Désormais, tous les IA-DSDEN craignent de se voir renvoyés à tout moment. Une rumeur, plus ou moins fondée, nous est très récemment parvenue faisant état d’une « prochaine charrette » (sic). Dès lors, on ne peut s’étonner que certains IA-DSDEN perdent leur sang-froid et se livrent à des pratiques inadmissibles.
Tout cela est le fruit d’une politique éducative inspirée par le culte absurde du résultat avec des chiffres manipulés, par l’autoritarisme et la personnalisation dans la gestion de la fonction publique, une politique qui vise à l’atomisation du service public national dont les relais territoriaux sont mis en concurrence sur le modèle des entreprises privées à but lucratif.
Le SNPI-fsu soutiendra avec force tous les IEN CCPD qui défendront la dignité de leur fonction et celle du service public en refusant de se conformer à des instructions manifestement illégales et de nature à compromettre gravement un intérêt public. De même, conformément à ses statuts, il soutiendra tous les IA-DSDEN qui se verraient menacés ou sanctionnés pour avoir défendu avec courage et lucidité les valeurs du service public.
Un message du Bureau national du Syndicat de l’Inspection de l’Education nationale
Evaluations en CM2 : refus des pressions locales
le 12 février 2009
L’écho médiatique des évaluations nationales en CM2 illustre bien les tensions qui traversent actuellement le système éducatif.
Nous ne reviendrons pas sur les critiques que nous avons émises sur ce dispositif ; elles se sont révélées en grande partie fondées, mais ne sont pas les causes fondamentales des difficultés que nous connaissons aujourd’hui.
Les échanges avec le Cabinet du ministre ainsi qu’avec la DGESCO faisaient ressortir une apparente volonté d’éviter les situations de crise. L’approche nous semblait sage puisqu’elle permettait d’une part de lever –au moins partiellement– les inquiétudes relatives à l’usage des informations remontant des établissements et, d’autre part, contribuait à souligner l’importance de l’évaluation qui est indissociable de toute perspective d’enseignement.
Que les propos des plus hautes instances du ministère de l’Education aient été sincères ou opportunistes, peu importe. C’est une fois encore le manque de clarté dans les communiqués qui pose problème. Ainsi, sous couvert d’ordres aux origines souvent nébuleuses, l’autorité hiérarchique locale n’hésite pas à solliciter les IEN pour des manipulations curieuses, discutables ou franchement malsaines !
Faire remonter des chiffres semble être devenu la priorité des départements et des académies. Tous les moyens semblent bons pour les obtenir : la menace (retrait de salaire, rappel des obligations des fonctionnaires…), la ruse (transformation des cotations inexploitables en un zéro qui ne veut rien dire mais qui est informatiquement exploitable) ou la « force » (« descente » d’un IEN éventuellement accompagné de ses conseillers pédagogiques). Qu’est-ce qui justifie ce zèle ? La prise de conscience du caractère indispensable de ces chiffres pour améliorer le fonctionnement du système éducatif ? Du tout ! C’est tout simplement la peur qui motive nos responsables locaux… Comme le disent certains : « ma tête est en jeu ! »
Le SI.EN-UNSA Education engage les inspecteurs à faire preuve de plus de sérénité et d’un plus grand sens du service public que celui qui semble animer ces zélés « pisse-statistiques ». N’oublions pas que la crise des évaluations, comme toutes les crises, connaîtra une fin. Veillons donc à pouvoir retourner dans les écoles la tête haute et sans qu’ait été entamé le contrat de confiance qui nous lie aux enseignants !
Le Bureau National affirme son soutien sans réserve à tous les collègues amenés à s’opposer à des ordres inacceptables et dangereux pour le système éducatif. Il réagira sans faiblesse s’il vient à être informé de difficultés dans l’application de cette consigne.