
- Plantu (Le Monde du 27 janvier 2009)
Un des quatre évêques intégristes que Benoît XVI a réintégrés dans l’Eglise officielle nie l’existence des chambres à gaz et le massacre de millions de Juifs par les nazis, dans un entretien diffusé par la télévision suédoise SVT.
Mgr Richard Williamson avait été ordonné évêque par Mgr Marcel Lefebvre en 1988, provoquant son excommunication et celle des autres évêques schismatiques. « Je crois qu’il n’y a pas eu de chambres à gaz [...] Je pense que 200 000 à 300 000 Juifs ont péri dans les camps de concentration, mais pas un seul dans les chambres à gaz...Il y a certainement eu une grande exploitation (de ces faits). L’Allemagne a payé des milliards et des milliards de deutschemarks et à présent d’euros parce que les Allemands souffrent d’un complexe de culpabilité pour avoir gazé six millions de Juifs mais je ne crois pas que six millions de Juifs aient été gazés », a-t-il déclaré, au cours de cet entretien diffusé en différé.
Il reprend ainsi tous les poncifs négationnistes, tels que les exprime par exemple Robert Faurisson. Cette mouvance catholique intégriste est porteuse d’un antisémitisme profondément enraciné dans la tradition de l’Eglise d’avant le concile Vatican II.(Pour en savoir plus : memorial98).
Certes, Richard Williamson a exprimé, dans une lettre envoyée au pape le 30 janvier, ses « regrets pour avoir causé au Saint Père tant de souffrances et de problèmes inutiles », mais il n’a pas retiré ses propos négationnistes.

- D’après “Ex-excommuniés” de Pessin (Le Monde du 25 janvier 2009)
Dès le 27 janvier, l’hebdomadaire La Vie a publié sur son site une pétition demandant au pape de condamner clairement les propos de Mgr Williamson :
PÉTITION
Pas de négationnistes dans l’Eglise
« Je crois que les chambres à gaz n’ont pas existé ». Cet infâme credo qui n’a rien voir avec le christianisme, nous l’avons entendu jeudi 22 janvier dans la bouche de Mgr Richard Williamson, l’un des quatre évêques intégristes ordonnés en 1988 par Mgr Lefebvre. Ce n’est d’ailleurs pas une surprise : depuis des années, ce prélat multipliait les déclarations provocatrices.
Or, la levée deux jours après des excommunications frappant les lefebvristes a créé une tragique ambiguïté, laissant à penser que Rome réhabilitait le négationnisme ou du moins le considérait comme une opinion licite voire innocente.
Cette ambiguïté est tout simplement insupportable.
Insupportable, parce que derrière le masque du négationnisme, on découvre le visage du plus hideux antisémitisme.
Pour lire la suite de la pétition

- Pancho (Le Canard enchaîné du 28 janvier 2009)
Mgr Williamson : l’évêque "réintégré" qui nie les chambres à gaz et la Shoah
Mgr Williamson est anglais et il est évêque. Il fait partie des quatre évêques excommuniés que Benoît XVI est en train de réintégrer dans la communion de l’Eglise. Or cet évêque vient de répéter à un journaliste suédois qu’il est persuadé que, pendant la dernière guerre, les chambres à gaz n’ont jamais existé et que ce ne sont pas six millions de juifs qui ont péri dans les camps d’extermination, mais "seulement" 200 000 ou 300 000 dans des camps de concentration…
Cette thèse défendue par ceux qu’on appelle "les négationnistes" est connue. Elle enfonce ses racines dans les marais de l’extrême-droite et même désormais dans ceux de l’ultra-gauche. Mais voilà que les Faurisson, Dieudonné et tous les tenants du "détail" peuvent désormais espérer recevoir une bénédiction épiscopale. Mgr Williamson, négationniste confirmé, est un évêque maintenant reconnu qui pourra donner légitimement le sacrement de confirmation à la filleule de qui vous savez.
Cette prise de position a au moins le mérite de faire un peu plus la lumière sur ceux qui font leur retour à la Maison. Et ce retour, il ne le font pas avec l’humilité de l’enfant prodigue, mais avec la morgue des croisés de la reconquête intégriste. Ils ont réussi à faire plier Rome. L’antisémitisme est un de leurs fondements théologiques, comme la haine de la République et de la démocratie (seul Dieu peut avoir la légitimité du pouvoir et donc le déléguer, au roi évidemment) ou comme le refus de la liberté religieuse et du Concile Vatican II. Si on ne peut pas affirmer que tous les intégristes sont systématiquement d’extrême-droite, on peut sans risque de se tromper dire que beaucoup baignent dans ce bouillon où macèrent toutes les nostalgies politiques ou sociétales du passé : la royauté, l’Eglise toute puissante du Moyen-Age, l’empire colonial de la Grande France, Jeanne d’Arc, Pétain (image du pouvoir fort, chrétien, libéré de la représentation nationale)… L’attachement au latin n’est qu’une de ces nostalgies, la seule neutre politiquement, sauf pour ce qu’elle révèle des structures de pensée de ses défenseurs. La bataille de la prière du vendredi saint pour les juifs (que l’on va voir revenir avec l’utilisation intégrale du vieux missel) n’est qu’une malheureuse illustration.
Mgr Williamson, un des nouveaux réintégrés, est, pour ses propos, passible de prison. Il le sait et l’a reconnu lui-même. Donc il ne s’agit pas chez lui d’un malheureux lapsus. Ce monsieur en violet intégral est un négationniste. Et il ne semble pas que ses convictions inquiètent beaucoup ni les responsables romains, ni ses collègues. Par contre, beaucoup d’intégristes en ont été gênés, sans doute moins pour le contenu, mais pour l’image que cette affaire donne d’eux. Ils se savent regardés. Les modérateurs des forums se sont très vite mobilisés pour nettoyer sans délai les traces de poudre, car il y en a eu.
Mais la réalité est têtue : l’Eglise catholique Romaine, avec la bénédiction de Benoît XVI compte au moins un évêque ouvertement négationniste. Et les autres ?