
C’est l’indigence sociale et non la pensée religieuse qui islamise la population carcérale
Ce n’est pas la pensée religieuse qui islamise la population carcérale mais l’indigence sociale. Il faut savoir que 90% de cette population est en état de grande paupérisation. C’est l’indigence qui fait que, même des Français d’origine française basculent en écoutant les discussions que les musulmans tiennent comme de véritables colloques dans les recoins des cours de promenade, sur des pelouses pouilleuses ou sous des préaux insalubres. En dehors des affinités amicales (petits groupes de droit commun se connaissant du dehors) les musulmans sont les seuls à pratiquer la notion de partage et d’entraide. Entre détenus musulmans, ou en voie de le devenir et ne se connaissant pas, peu de choses sont mises en commun. Des timbres jusqu’à la nourriture, l’essentiel se donne entre musulmans (à part l’Institution qui gère les indigents en leur procurant une humiliante charité). Un prisonnier sans le sou doit réclamer un autre rouleau de papier W.C. en cas de courante s’il a utilisé le rouleau mensuellement distribué. C’est dire...
Abdel Hafed Benotman [5]
Islam radical : 140 détenus prosélytes, 200 "en voie de radicalisation" en France
Comment reconnaître un prisonnier en voie de radicalisation islamique ? Les participants au séminaire européen consacré à cette question, réunis à l’Institut national des hautes études de la sécurité (Inhes) en région parisienne, devaient se voir remettre, mercredi 1er octobre, un "Manuel des bonnes pratiques" sur la radicalisation en milieu carcéral : "Comment les groupes professionnels peuvent détecter et faire face" aux radicaux.
Le document recense des indicateurs tels que les codes vestimentaires, - la barbe -, les habitudes alimentaires, ou bien encore les comportements, et notamment le refus d’obéir au personnel pénitentiaire féminin. Il formule aussi des recommandations et mêle les expériences. Il contient, enfin, une analyse sur les prisons, "ces zones de grande fragilité", comme les a désignées la ministre de l’intérieur, Michèle Alliot-Marie, en inaugurant le séminaire en compagnie de Jacques Barrot, commissaire européen à la justice et à la sécurité.
Lancée par l’Autriche et l’Allemagne, cette initiative aboutit aujourd’hui sous présidence française de l’Union européenne. Confrontés au même phénomène, les pays membres ont, jusqu’ici, opéré selon leurs propres critères.
L’Espagne avait ainsi, sur la base de son expérience de la gestion des terroristes d’ETA, choisi de disperser les détenus soupçonnés de faire du prosélytisme en prison, avant de faire machine arrière après s’être rendu compte que cela leur avait plutôt permis d’essaimer...
En France, trois niveaux "de signalement" ont été établis par l’administration pénitentiaire, comportant chacun six indicateurs. Au premier niveau - l’islam radical très violent - figure parmi les solutions envisagées le transfert du détenu vers un autre établissement. Le placement à l’isolement, en revanche, n’est pas privilégié, car l’administration pénitentiaire s’est aperçue que les détenus jouissaient d’une aura supplémentaire en se présentant comme victimes.
Aux trois niveaux correspondent trois catégories de détenus : 73 sont répertoriés comme étant des terroristes condamnés ou dans l’attente de leur procès ; 140 sont des détenus de droit commun connus pour des actions de prosélytisme ; et 200 autres sont considérés "en voie d’islamisation radicale". Des chiffres à rapporter aux 64 000 personnes détenues dans les prisons françaises. "Nous ne sommes pas dans un phénomène de masse, concède Martin Parkouda, chef d’état-major de la sécurité, à la direction de l’administration pénitentiaire. Mais nous sommes conscients des dangers que cela représente." Les aumôniers musulmans, considérés comme un rempart contre l’emprise des imams radicaux auto-proclamés, sont trop peu nombreux : 117, contre 578 aumôniers catholiques. Ils sont de plus en plus sollicités.
"ACCÉLÉRATEUR"
Jeudi 2 octobre, s’ouvre à Paris le procès de neuf hommes soupçonnés d’appartenir au groupe Ansar al-Fath (les Partisans de la conquête) et d’avoir envisagé des actions violentes en France. Ce réseau avait été fondé par Safé Bourrada, connu pour avoir participé à la vague d’attentats en France en 1995. Or, c’est en prison que ce dernier est parvenu à recruter et convaincre des détenus d’aller combattre en Irak. "Bourrada et consorts, ce sont des référents, explique Christophe Chabourd, chef de l’Unité de coordination de la lutte anti-terroriste (Uclat). Cherifi (Ouassini Cherifi, également impliqué dans ce réseau) était lié à des détenus de droit commun, des petits braqueurs expérimentés. Ils ont converti des jeunes immédiatement radicalisés. La prison, ajoute M. Chaboud, est un accélérateur qui facilite le basculement avec des caïds qui utilisent la religion pour dominer les autres et imposer leurs propres règles."
L’Observatoire international des prisons (OIP) ne conteste pas le phénomène, tout en le relativisant. "Souvent il s’agit d’un vernis, d’un radicalisme de circonstance de détenus musulmans qui cherchent une protection du groupe et qui n’aurait pas lieu dans un autre contexte", affirme Hugues de Suremain, juriste. Ce responsable de l’OIP dénonce des amalgames : "La pratique collective de certains rites, comme la rupture du jeûne, déclenche ipso facto un étiquetage comme activiste islamiste ou détenu prosélyte." L’OIP conteste l’existence de la cellule de renseignement de l’administration pénitentiaire.
La Commission européenne a mis en place un groupe de travail spécifique sur la radicalisation islamique, et publie quatre nouvelles études. L’une d’elles, consacrée aux "processus de radicalisation violente, chez les jeunes", insiste sur le fait qu’elle "vise à la construction d’une identité politique plutôt que religieuse". "La radicalisation islamiste, poursuit l’étude, marque une rupture et une décomposition de la tradition culturelle de leur milieu d’origine et ne constitue pas une résurgence de celle-ci."
Farhad Khosrokhavar [6] : « Les prisons manquent d’imams »
extraits d’un entretien réalisé par Catherine Coroller, Libération, le 30 septembre 2008
- Combien y a-t-il de musulmans en prison ?
Un peu plus de la moitié des détenus seraient d’origine musulmane. Et jusqu’à 70 % dans certains établissements. Même s’il n’y a pas de statistiques au niveau national, chaque prison sait combien de détenus font le ramadan, la prière. Elles peuvent aussi établir des statistiques sur la base des prénoms. Les aumôniers musulmans ont également une appréciation.
- Combien de détenus peuvent être qualifiés d’islamistes radicaux ?
Les chiffres officiels donnent aux alentours de 1 100 islamistes condamnés ou en voie de l’être pour association de malfaiteurs en vue d’une entreprise terroriste. Sur ce total, 440 font du prosélytisme. En théorie, ces détenus sont placés dans des cellules individuelles. A chaque fois qu’ils en sortent, ils sont accompagnés de deux surveillants. Et on les change de prison de temps à autre pour éviter la constitution de réseaux. Mais comme les prisons sont surchargées, on les place dans des cellules plus ou moins isolées.
- Comment l’islam radical peut-il se développer dans des lieux aussi surveillés ?
A cause d’un nombre insuffisant d’imams qualifiés. Aujourd’hui, il y a 117 aumôniers musulmans dans les prisons contre 600 aumôniers chrétiens ! Il en faudrait au moins autant. Lorsqu’il n’y a pas d’imam, l’administration pénitentiaire a peur, elle interdit par exemple les prières collectives. Du coup, la surpopulation carcérale empêchant que chaque détenu soit placé en cellule individuelle, on voit s’organiser des prières sauvages. Là où il n’y a personne pour dire que l’islam n’est pas seulement le djihad, ces imams auto-proclamés bénéficient d’une capacité d’action quasiment sans limites.
