mort du poête Mahmoud Darwich


article de la rubrique international > Palestine-Israel
date de publication : dimanche 17 août 2008


Mahmoud Darwich était né en 1941 à Al-Birwah, un village de Galilée de la Palestine mandataire. Après la guerre israélo-arabe de 1948 et un premier exil libanais, il rentrera en Galilée, militera au Parti communiste israélien puis deviendra un cadre dirigeant de l’OLP jusqu’en 1993. Il est mort à Houston (Texas) le 9 août 2008.

L’exil forcé, les souffrances et l’injustice faites à son peuple étaient une blessure profonde jamais cicatrisée. "On ne peut vivre avec la blessure de la disparition de la patrie que si une cohabitation équilibrée s’instaure entre les "deux réalités", juive israélienne et arabe palestinienne, dont aucune ne peut éradiquer l’autre."

"L’espoir, assurait-il, est une maladie incurable chez les Palestiniens, l’espoir d’une vie normale où nous ne serions ni héros ni victimes." L’espoir donc, malgré une occupation israélienne qui est "une déclaration permanente de guerre contre nos corps et nos rêves, nos maisons et nos arbres". [1]


Identité  [2]

Inscris !
Je suis Arabe
Le numéro de ma carte : cinquante mille
Nombre d’enfants : huit
Et le neuvième... arrivera après l’été !
Et te voilà furieux !
Inscris !
Je suis Arabe
Je travaille à la carrière avec mes compagnons de peine
Et j’ai huit bambins
Leur galette de pain
Les vêtements, leur cahier d’écolier
Je les tire des rochers...
Oh ! je n’irai pas quémander l’aumône à ta porte
Je ne me fais pas tout petit au porche de ton palais
Et te voilà furieux !

Inscris !
Je suis Arabe
Sans nom de famille - je suis mon prénom
« Patient infiniment » dans un pays où tous
Vivent sur les braises de la Colère
Mes racines...
Avant la naissance du temps elles prirent pied
Avant l’effusion de la durée
Avant le cyprès et l’olivier
...avant l’éclosion de l’herbe
Mon père... est d’une famille de laboureurs
N’a rien avec messieurs les notables
Mon grand-père était paysan - être
Sans valeur - ni ascendance.
Ma maison, une hutte de gardien
En troncs et en roseaux
Voilà qui je suis - cela te plaît-il ?
Sans nom de famille, je ne suis que mon prénom.

Inscris !
Je suis Arabe
Mes cheveux... couleur du charbon
Mes yeux... couleur de café
Signes particuliers :
Sur la tête un kefiyyé avec son cordon bien serré
Et ma paume est dure comme une pierre
...elle écorche celui qui la serre
La nourriture que je préfère c’est
L’huile d’olive et le thym
Mon adresse :
Je suis d’un village isolé...
Où les rues n’ont plus de noms
Et tous les hommes... à la carrière comme au champ
Aiment bien le communisme
Inscris !
Je suis Arabe
Et te voilà furieux !

Inscris
Que je suis Arabe
Que tu as raflé les vignes de mes pères
Et la terre que je cultivais
Moi et mes enfants ensemble
Tu nous as tout pris hormis
Pour la survie de mes petits-fils
Les rochers que voici
Mais votre gouvernement va les saisir aussi
...à ce que l’on dit !

DONC

Inscris !
En tête du premier feuillet
Que je n’ai pas de haine pour les hommes
Que je n’assaille personne mais que
Si j’ai faim
Je mange la chair de mon Usurpateur
Gare ! Gare ! Gare
À ma fureur !

Notes

[1] Citations reprises de Mouna Naïm, Le Monde du 12 août 2008.

[2] Chronique de la tristesse ordinaire suivie de Poèmes palestiniens.
Traduction : Olivier Carré, Paris, Les Éditions du Cerf, 1989.


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