Le maire a tenté de faire changer les serrures de la bibliothèque et de la salle de spectacles gérées par l’association Orphéon

- Le collectif des compagnies théâtrales du Var « occupe les lieux ». (Ph. Dominique Fournioux)
Le jour de l’enterrement de l’ancien maire de Cuers, son successeur a tenté d’empêcher l’accès à la bibliothèque de théâtre, gérée par l’association Orphéon contre laquelle il est entré en guerre. En réaction, des artistes occupent les lieux.
Hier, Cuers a enterré Guy Guigou... et peut-être quelques illusions. L’ancien maire restera dans la mémoire varoise pour avoir, entre autres, permis la création de la bibliothèque Armand-Gatti il y a huit ans. La seule du département entièrement consacrée au théâtre, riche de 8500 ouvrages.
Son successeur, Gilbert Pérugini, n’a pas la même conception de la culture, et tient à le faire savoir. Après un dépôt de plainte contre une création et la suspension de la programmation de l’association Orphéon, le maire veut désormais reprendre la main » sur le théâtre cuersois (voir l’épisode précédent).
« Balayer des années de travail »
Nouvel épisode de cette « révolution culturelle » engagée par le maire : hier matin, les services municipaux sont intervenus pour changer les serrures de la salle L’Abattoir et de la bibliothèque... créées et gérées par Orphéon [2]. Une façon, sans doute, de se réapproprier les lieux. Et ce, quelques heures avant l’enterrement de Guy Guigou.
« Un triste symbole », pour Georges Perpes, l’un des metteurs en scène d’Orphéon, qui accuse le maire de vouloir « balayer des années et des années de travail en quelques secondes. » Mais voilà, l’opération « coup de poing » a rencontré plus de résistance que prévu.
« Attitude putschiste »
Celle d’Alexandre Ferraud-Ciandet, d’abord, médiateur du livre employé à la bibliothèque, qui s’est interposé. Celui-ci a rapidement prévenu le collectif des compagnies théâtrales du Var [3], qui a alerté son réseau. Une vingtaine d’artistes venus des quatre coins du département ont alors investi les locaux. « Nous protégeons la bibliothèque contre cette attitude putschiste, nous ne l’occupons pas », ont-ils précisé d’une seule voix.
Devant cette levée de boucliers du monde de la culture, Gilbert Pérugini — qui n’a pas répondu à nos appels — a, pour l’instant, préféré suspendre ses activités de serrurier.
Pour Georges Perpes, « l’heure est grave. Nous devions accueillir des auteurs et 500 élèves de l’académie, mais le maire menace maintenant l’existence de la bibliothèque. Jusqu’où cela va-t-il aller ? »
En attendant que la situation « s’éclaircisse », les artistes ont décidé de passer la nuit dans les locaux.
Pas de plumes mais du goudron pour le théâtre de rue
par Marion Mourgue, étudiante CFJ, Rue89 le 12 avril 08[...] George Perpes, de la compagnie Orphéon Théâtre intérieur, présente dans la ville depuis 1983 et commanditaire de ce spectacle confirme la version des faits [de Caroline Amoros] :
« Le soir de la représentation, quatre gendarmes ont demandé à Caroline Amoros et à moi-même de venir à la gendarmerie pour une déposition. C’est là que nous avons appris qu’une plainte avait été déposée par la ville de Cuers contre Caroline Amoros pour “dégradation de la voie publique”. J’ai vérifié, c’est toujours le motif principal de la plainte. »
Dans cette plainte le maire mentionne également un « outrage au drapeau » : pendant le spectacle, habillée en majorette l’actrice danse sur le drapeau (ce qui n’avait pas posé de problèmes dans les nombreuses villes et villages où le spectacle a été donné) [4]. Contacté par téléphone, le nouveau maire, trop occupé, n’avait pas le temps vendredi matin de répondre aux questions de Rue89. Il a toutefois confirmé sa plainte, évoqué « l’outrage », assurant qu’il irait jusqu’au bout. Pour lui, ce que fait l’Orphéon théâtre est « un gouffre financier pour la commune », Cuers étant « englué dans des manifestations minables (fête de la musique, art de la rue) ».
Le Conseil général, signataire de la convention passée entre la ville de Cuers et la compagnie Orpheon Théâtre Intérieur pour la saison artistique 2008, explique ne pas être « officiellement » au courant de cette histoire. Régis Rostein, directeur de la communication du Conseil général du Var :
« Nous n’avons pas été saisis de cette affaire, ni par la commune de Cuers, ni par l’association en vue d’une rupture de la convention. Pour le Conseil général, il n’y a donc pas de problème ni de volonté de retrait de la convention. Par conséquent, la convention existe toujours. »
« Je pense que ce sont des gens qui n’aiment ni la culture ni les artistes. C’est peut-être là le fond du problème », conclut Georges Perpes, qui attend de savoir s’il pourra poursuivre la saison artistique comme prévu à Cuers. De son côté, Caroline Amoros se réserve le droit de porter plainte contre la mairie pour censure.
Marion Mourgue avec Jean-Pierre Thibaudat