la charte de l’Olympisme sera-t-elle respectée à Beijing ?


article de la rubrique international > Chine
date de publication : mercredi 13 février 2008


Les Jeux Olympiques modernes sont régis par une Charte que chaque pays participant et à plus forte raison le pays organisateur s’engage à respecter. Il est indispensable d’en connaitre le préambule.


Préambule de la Charte olympique

L’Olympisme moderne a été conçu par Pierre de Coubertin, à l’initiative duquel le Congrès International Athlétique de Paris s’est réuni en juin 1894. Le Comité International Olympique (CIO) s’est constitué le 23 juin 1894. Les premiers Jeux Olympiques (Jeux de l’Olympiade) des temps modernes furent célébrés à Athènes, en Grèce, en 1896.
En 1914, le drapeau olympique présenté par Pierre de Coubertin au Congrès de Paris fut adopté. Il est composé des cinq anneaux entrelacés qui représentent l’union des cinq continents et la rencontre des athlètes du monde entier aux Jeux Olympiques.
Les premiers Jeux Olympiques d’hiver furent célébrés à Chamonix, en France, en 1924.

Principes fondamentaux de l’Olympisme

1. L’Olympisme est une philosophie de vie, exaltant et combinant en un ensemble équilibré lesqualités du corps, de la volonté et de l’esprit. Alliant le sport à la culture et à l’éducation, l’Olympisme se veut créateur d’un style de vie fondé sur la joie dans l’effort, la valeur éducative du bon exemple et le respect des principes éthiques fondamentaux universels.

2. Le but de l’Olympisme est de mettre le sport au service du développement harmonieux de l’homme en vue de promouvoir une société pacifique, soucieuse de préserver la dignité humaine.

3. Le Mouvement olympique est l’action concertée, organisée, universelle et permanente, exercée sous l’autorité suprême du CIO, de tous les individus et entités inspirés par les valeurs de l’Olympisme. Elle s’étend aux cinq continents. Elle atteint son point culminant lors du rassemblement des athlètes du monde au grand festival du sport que sont les Jeux Olympiques. Son symbole est constitué de cinq anneaux entrelacés.

4. La pratique du sport est un droit de l’homme. Chaque individu doit avoir la possibilité de faire du sport sans discrimination d’aucune sorte et dans l’esprit olympique, qui exige la compréhension mutuelle, l’esprit d’amitié, de solidarité et de fair-play. L’organisation, l’administration et la gestion du sport doivent être contrôlées par des organisations sportives indépendantes.

5. Toute forme de discrimination à l’égard d’un pays ou d’une personne fondée sur des considérations de race, de religion, de politique, de sexe ou autres est incompatible avec l’appartenance au Mouvement olympique.

6. L’appartenance au Mouvement olympique exige le respect de la Charte olympique et la reconnaissance par le CIO.

Le Prince Charles estime que cette charte n’est pas respectée par la Chine et qu’il ne peut participer à la cérémonie inaugurale des jeux de 2008 sans trahir les relations qu’il entretient avec le Dalaï-Lama.

Le prince Charles boycotte les JO 2008

par Richard Spencer, Telegraph, 29/01/2008 [1]

Le prince Charles n’assistera pas à la cérémonie d’ouverture des Jeux Olympiques de Beijing en 2008

L’information a été rendue publique suite à une lettre du prince Charles envoyée à une association protection des droits de l’Homme au Tibet, Free Tibet.

Le prince et son entourage n’ont pas souhaité s’exprimer ouvertement sur ce choix. Suite à une demande de boycott des Jeux Olympiques par L’association Free Tibet, Clive Alderton, le secrétaire adjoint du prince avait répondu « Comme vous le savez, son altesse royale s’intéresse de près et depuis longtemps au Tibet et a eu le plaisir de rencontrer à plusieurs occasions sa sainteté le Dalaï-Lama (As you know, His Royal Highness has long taken a close interest in Tibet and indeed has been pleased to meet His Holiness the Dalai Lama on several occasions) [...] Vous demandez au prince de Galles de ne pas assister à la cérémonie d’ouverture des jeux Olympiques de Pékin en 2008. Son altesse royale n’assistera pas à la cérémonie (You asked if the Prince of Wales would be attending the opening ceremony of the Beijing Olympics in 2008. His Royal Highness will not be attending the ceremony). » *

Le Dalaï-Lama, chef spirituel du bouddhisme tibétain, ansi que son gouvernement sont en exil à Dharamsala, dans le nord de l’Inde depuis 1959.

Certains comités demandent à leurs représentants de n’être que des sportifs. A ce titre, les champions doivent oublier qu’ils sont des citoyens du monde, qu’ils peuvent profiter des compétitions pour découvrir le pays et écouter les habitants qui les accueillent .

JO : politique interdite en Chine pour les athlètes britanniques

par Adrian Croft, traduction de Bertrand Boucey, Reuters, le 10 février 2008

Les athlètes britanniques ont devoir s’engager à ne pas évoquer la situation politique ou les droits de l’homme en Chine pour participer aux jeux Olympiques de Pékin en août, annonce le comité olympique britannique (BOA).

Pour faire partie de la délégation britannique aux JO, les athlètes devront accepter un contrat stipulant qu’ils "ne s’exprimeront pas sur des questions sensibles d’un point de vue politique au sujet du pays hôte", a précisé Graham Newsom, porte-parole de la BOA.

"Cette initiative ne vise pas à censurer les athlètes mais à attirer leur attention sur la charte du Comité international olympique interdisant toute propagande politique sur un site olympique," a ajouté Newsom.

Le but est également d’aider les athlètes à se concentrer sur leurs objectifs sportifs sans se laisser détourner par des sollicitations d’organisations diverses entendant profiter des JO pour dénoncer la situation des droits de l’homme en Chine.

Newsom a jugé prématuré d’évoquer d’éventuelles sanctions contre les athlètes ne respectant pas les termes de ce contrat.

Cette lecture restrictive de la charte olympique indigne l’association Reporters Sans Frontières qui dénonce le silence scandaleux et le manque de courage du CIO.

Reporters sans frontières, 11 février 2008

La British Olympic Association ne doit en aucun cas restreindre la liberté de parole des athlètes

Reporters sans frontières [2] et Article 19  [3] demandent à Simon Clegg, directeur exécutif de la British Olympic Association (BOA), de ne prendre aucune mesure qui pourrait restreindre la liberté d’expression des athlètes britanniques lors des Jeux olympiques de Pékin. D’autres comités olympiques ont déjà garanti à leurs sportifs qu’ils seraient libres de dire ce qu’ils souhaitent en dehors des sites olympiques.

"Cette affaire est révélatrice du manque de courage qui caractérise certains responsables du mouvement olympique aujourd’hui. Le CIO reste scandaleusement silencieux sur la situation des droits de l’homme en Chine. Pourquoi, dans ces conditions, les comités olympiques nationaux agiraient-ils différemment ? Cette attitude finit par faire passer les autorités de Pékin pour les victimes, envers qui il faudrait prendre des précautions de langage. C’est le monde à l’envers. Les victimes, ce sont les milliers de détenus politiques et la centaine de journalistes, internautes et blogueurs emprisonnés simplement pour s’être exprimés pacifiquement. Et si les athlètes ont envie de les soutenir, ils devraient pouvoir le faire librement. Nous les y encourageons fortement. Pékin bafoue chaque jour la Charte olympique, mais les sportifs, eux, devraient la respecter à la lettre ? Tout ceci manque de décence", ont déclaré Reporters sans frontière et Article 19.

Un journal britannique a révélé, le 10 février 2008, que le projet d’accord entre les athlètes britanniques sélectionnés et leur comité olympique contenait une clause qui leur interdisait de s’exprimer sur "tout sujet politique sensible" lors des JO de Pékin. La Charte olympique ne fait qu’interdire la propagande politique, religieuse ou raciale sur les sites olympiques.

La BOA a également prévu d’organiser des formations pour les athlètes afin qu’ils sachent quoi répondre aux médias, notamment concernant la situation de droits de l’homme en Chine. Les sportifs qui tiendraient des propos excessifs ou porteraient des signes distinctifs pourraient être exclus de l’équipe. Un porte-parole de la BOA a même cité un exemple : "Cette clause vise à empêcher des prises de position trop fortes comme porter un t-shirt indiquant Free Tibet."

Interrogé par les médias, Simon Clegg a déclaré : "Je reconnais que l’interprétation d’un passage du projet d’accord pour les membres de l’équipe de la BOA allait au-delà des principes de la Charte olympique. Ce n’est pas notre intention, et ce n’est pas non plus notre désir de limiter la liberté d’expression des athlètes. Et la version finale de ces accords traduira ces engagements."

Les comités olympiques du Canada, des Etats-Unis, des Pays-Bas et de Belgique ont déjà dit publiquement qu’ils ne limiteraient pas la liberté d’expression de leurs athlètes. En revanche, le comité australien aurait demandé à ses représentants de ne pas s’exprimer sur des sujets politiques en Chine.

Le 20 février prochain, le Comité exécutif des Comités olympiques européens doit se réunir à Lausanne. Les deux organisations demandent que les responsables des différents Comités s’engagent collectivement à n’inclure aucune restriction à la liberté de parole des athlètes qui se rendront à Pékin.

Ce qui motive la crainte de Reporters Sans Frontières et Article 19, ce sont les arrestations des cyberdissidents qui utilisent Internet pour manifester leur mécontentement.

Un cyberdissident condamné à quatre ans de prison en Chine

AFP 05.02.08 09h01, repris sur LeMonde.fr

Un cyberdissident chinois, Lu Gengsong, arrêté en août, a été condamné mardi à quatre ans de prison pour "incitation à la subversion de l’Etat", a indiqué son avocat. M. Lu a également été privé de ses droits politiques pendant un an par le tribunal intermédiaire de Hangzhou, dans l’est de la Chine, a précisé Mo Shaoping, ajoutant qu’il allait faire appel.

"Le tribunal a refusé de commenter", a-t-il expliqué à l’AFP.

Jointe par téléphone, Wang Xue’e, la femme de Lu, a indiqué à l’AFP qu’elle était présente lors de la lecture du jugement mardi matin, en compagnie de leur fille et de deux amis.
"Le reste c’était des policiers", a-t-elle dit, précisant que les personnes soutenant le cyberdissident n’avaient pas pu rentrer.
Après la lecture du jugement, Lu Gengsong a crié : "Vive la démocratie !". C’est quelqu’un de bien, il est innocent, il a aidé beaucoup de gens, l’accusation est sans fondement", a poursuivi Wang Xue’e.

Ancien maître de conférences, Lu Gensong avait été interpellé le 24 août à son domicile à Hangzhou. En 1993, il avait été expulsé de l’université pour avoir participé à des activités en faveur de la démocratie et publiait fréquemment des articles sur l’internet dénonçant notamment la corruption au sein des gouvernements locaux.

Sa condamnation est intervenue le jour même de la libération sur parole de Ching Cheong, 58 ans, ancien correspondant à Hong Kong du quotidien singapourien The Straits Times, qui était détenu depuis avril 2005. _Ching Cheong avait été condamné en 2006 à cinq ans de prison pour "espionnage" en faveur de Taïwan, rivale de Pékin et séparée de fait de la Chine communiste depuis 1949. Il avait toujours clamé son innocence.

Lundi, l’association Reporters sans frontières avait annoncé la libération samedi d’un cyberdissident Li Changqing, après trois ans de détention.

Comme Lu Gengsong, M. Li avait été condamné pour "incitation à la subversion au pouvoir d’Etat", notamment pour avoir publié des informations sur un site dissident basé à l’étranger.

La Chine fait face à des pressions internationales croissante pour qu’elle respecte les droits de l’Homme à quelques mois des jeux Olympiques.

"Malgré les affirmations des autorités chinoises que les jeux vont renforcer le développement des droits de l’Homme dans le pays, le gouvernement chinois continue de nier ou de limiter les droits fondamentaux des citoyens", avait déploré la semaine dernière l’organisation Human Rights Watch dans son rapport annuel.

Cette polémique explique la dureté de certains dessins circulant sur le Net qui stigmatisent à la fois la position de la Chine vis à vis de la peine de mort et les droits de l’Homme et l’hypocrisie de la communauté internationale qui feint de croire à une évolution positive de ces problèmes.



Série trouvée dans le site COBOP

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Le point de vue de Plantu (Le Monde).

Notes

[1] Traduction de Prince Charles’ Olympic-sized snub to China, publiée le 4 février 2008 sur http://www.chine-informations.com/

[2] [Note de LH-Toulon] - Reporters sans frontières défend les journalistes emprisonnés et la liberté de la presse dans le monde. L’organisation compte neuf sections nationales (Allemagne, Autriche, Belgique, Canada, Espagne, France, Italie, Suède et Suisse), des représentations à Bangkok, Londres, New York, Tokyo et Washington, et plus de 120 correspondants dans le monde.

[3] [Note de LH-Toulon] - ARTICLE 19 est une association internationale des droits de l’homme qui défend et promeut la liberté d’expression et d’information sur toute la planète.


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