Des clochards "sales, ivres, agressifs, exhibitionnistes".
Le maire de Toulon veut une ville propre
" Les clochards donnent une image tout à fait lamentable d’une ville qui veut rénover son centre et son image, et s’assurer d’un avenir touristique. " Une fois de plus, M. François Trucy, sénateur et maire (UDF) de Toulon fait part de ses préoccupations concernant la présence, sur certaines places de la ville, de ces gens que à l’instar des Toulonnais qui l’interpellent sur le sujet, il estime " sales, ivres, agressifs, exhibitionnistes, pourvus de chiens eux aussi sales et agressifs ". Dans le dernier numéro de la revue municipale Vivre à Toulon, il dit son incapacité à résoudre ce problème dont la responsabilité relève " de l’État dont le représentant est le préfet " et en appelle à la collaboration de la population face à ceux qui sont " une offense à l’hygiène publique et salissent la ville ".
Exhortant ses administrés, le maire leur demande de " l’aider à convaincre les hautes autorités que le problème [...] est important pour les Toulonnais ". Pour y parvenir, il va mettre à leur disposition " dans les antennes de mairie et auprès des comités d’intérêt local des formulaires qui (leur) permettront d’attirer l’attention des pouvoirs publics. Ces plaintes seront rassemblées par la mairie et adressées régulièrement à qui de droit ".
Opération commando
Une " opération-douche " obligatoire et répétitive, pour les clochards, imaginée durant quelques semaines en 1986 n’ayant pas été dissuasive, M. Guy Brunier, conseiller municipal, en charge de la police municipale, décida de mener une " opération commando ". Au début du mois de mai suivant, accompagné de six policiers municipaux, il effectua trois rafles nocturnes, à l’issue desquelles une quinzaine de " zonards " furent embarqués à bord d’une estafette banalisée. Ils furent relâchés hors du département, à plusieurs dizaines de kilomètres de Toulon, après avoir été dépouillés de leurs papiers d’identité et, pour certains d’entre eux, de leurs chaussures. L’affaire ayant fait scandale le conseiller municipal dut démissionner, les six policiers municipaux furent suspendus et le maire déclara que ces opérations avaient été montées à son insu... " Je condamne de telles pratiques, mais je ne peux passer sous silence les réalités toulonnaises, à savoir la présence de nombreux vagabonds étrangers à la commune ".
Plus récemment, au cours de la séance du conseil municipal du 26 mai 1989, M. Claude Ricard (FN) estimait " prudent de prendre toutes mesures pour les empêcher de s’installer sur les pelouses et dans les jardins, et pour cela il existe des moyens simples : arroser fréquemment, répandre des produits [...] rendre les lieux suffisamment inconfortables pour que personne n’ait envie de venir se rouler sous les buissons. " L’idée, qui semblait choquer les élus de la majorité municipale, a, pourtant, fait son chemin... Dans la nuit du lundi 17 au mardi 18 juillet, M. Philippe Goetz (RPR), conseiller municipal en charge de l’environnement, a fait copieusement arroser les terre-pleins des plages du Mourillon d’un mélange d’eau et de produit désinfectant pour en éloigner vagabonds et amoureux. Une " première " devant être régulièrement renouvelée.
Pour sa part, Mgr Madec, évêque de Toulon-Fréjus, a évoqué par parabole l’affaire, le 14 juillet, au cours d’une messe réunissant six cents pèlerins varois... dont une quinzaine de clochards. Sans citer l’article du sénateur-maire il y fit référence, commentant l’évangile sur le " lavement de pieds " en ces termes : " Dans notre société riche, il reste des personnes défavorisées qui n’ont plus de lieu où se laver, alors elles deviennent sales et salissent les rues de nos villes. La solution ne consiste pas à les chasser mais, tout simplement, à leur laver les pieds ; c’est-à-dire à leur rendre une dignité qu’ils semblaient avoir perdue ".
José Lenzini