
- Maïssa Bey, Fatima Besnaci-Lancou et Boualem Sansal.
Qui est Fatima Besnaci-Lancou ?
Née aux environs de Cherchell au début de l’insurrection armée du FLN algérien, Fatima Besnaci a huit ans en 1962 quand plusieurs membres de sa famille sont victimes de massacres visant ceux à qui on reprochait d’avoir été durant la guerre du côté des Français. Avec ses parents, elle s’échappe vers Alger puis vers une France qu’elle ne connaît pas, mais où elle fera sa vie. Depuis, elle ne s’était intéressée qu’épisodiquement au sort de sa communauté d’origine. Elle s’était efforcée de s’éloigner des camps où on avait voulu enfermer son horizon, de faire des études, d’acquérir un métier et de vivre. Jusqu’au jour où elle entendit le président algérien Abdelaziz Bouteflika justifier, quarante ans après la guerre, le bannissement des harkis. Tous ses souvenirs d’enfant, toutes ces histoires racontées au fil des années contredisent une telle simplification de l’histoire.
C’est pour témoigner de cette histoire complexe que Fatima a écrit ses livres : Fille de harkis, Les treize Chibanis Harkis et Nos mères, paroles blessées. Elle souhaite simplement que l’on cesse, par des simplifications, d’un côté comme de l’autre de la Méditerranée, de cultiver les haines pour s’en servir.

Du 3 avril au 5 mai : Les Chibanis Harkis - exposition de Serge Vollin [2]
L’exposition est un voyage à travers une période sombre et douloureuse de l’Algérie. Serge Vollin, né en Algérie, s’inspire du livre « Les treize Chibanis Harkis » pour retranscrire le témoignage d’histoires personnelles. Les peintures représentent ces déracinés qui sont passés par d’infinies épreuves et dont la seule revendication n’est pas une réparation matérielle mais simplement la quête de la vérité pour les générations futures.
Lors du vernissage, vendredi 6 avril à partir de 19h, Fatima Besnaci-Lancou et Serge Vollin témoigneront d’un passé douloureux.
Vendredi 27 avril 20h30 : « Nos mères, paroles blessées » - lecture à deux voix
La comédienne Rachida Brakni [3] et la réalisatrice Dominique Cabrera [4] se livrent à une lecture à deux voix de « Nos mères, paroles blessées », où Fatima Besnaci-Lancou a regroupé des témoignages de femmes de harkis de la première génération, celles qui sont arrivées en France en 1962 avec leurs maris...
Dominique Cabrera prépare une adaptation au cinéma du livre « Fille de harkis ». Le film racontera quelques mois de l’enfance de Nejma, fille de harki, réfugiée avec sa famille dans le camp de Rivesaltes, au cours de l’hiver 1962.
Samedi 28 avril 20h30 : projection de « Des pleins de vide » de Nicolas Srauss
Le film sera précédé d’un court documentaire de 7 minutes datant de 1963 « C’était les harkis ». Le film de Nicolas Strauss (60 min) — il sera projeté en présence du réalisateur — retrace le voyage initiatique de Fatiha, Malika et Larbi Mellal, sur les traces de leurs parents débarqués presque quarante ans plus tôt en France et résidant aujourd’hui à Flers en Normandie. Monsieur Ahmed Mellal, leur père, était pendant la guerre d’Algérie « engagé » dans les forces supplétives françaises — ce que l’histoire a appelé un harki. Tous les trois vont, au fil de leurs rencontres et de leurs déplacements, se rapprocher progressivement de l’histoire de leurs parents exilés, déracinés et pris en otage par une histoire officielle falsifiée.
Ponctué d’interventions de madame Mellal, leur mère qui nous livre son témoignage, et de l’historien Jean-Jacques Jordi, le film est une véritable rencontre humaine, familiale, entre la mémoire et l’histoire, entre un vécu trop longtemps refoulé et occulté, une histoire en construction, et un besoin pour les nouvelles générations de comprendre et assimiler le vécu de leurs parents afin de combler pour toujours ces pleins de vide.
Vendredi 4 mai 19 h : « Mémoires et paroles d’Algérie » - lectures croisées
Lectures croisées d’oeuvres de Fatima Besnaci-Lancou et de Maïssa Bey [5] par leurs auteures
Samedi 5 mai 14h30 : « L’Algérie aujourd’hui » - lecture-débat
Discussion sur l’Algérie d’aujourd’hui, animée par Gilles Manceron, autour de l’ouvrage de Boualem Sansal « Poste restante : Alger », en présence de l’auteur. Lecture de morceaux choisis par Richard Bohringer qui lira également quelques extraits du livre « Treize chibanis harkis ».
« En France, où vivent beaucoup de nos compatriotes, les uns physiquement, les autres par le truchement de la parabole, rien ne va et tout le monde le crie à longueur de journée, à la face du monde, à commencer par la télé. Dieu, quelle misère ! Les banlieues retournées, les bagnoles incendiées, le chômage endémique, le racisme comme au bon vieux temps, le froid sibérien, les sans-abri, l’ETA, le FLNC, les islamistes, les inondations, l’article 4 et ses dégâts collatéraux, les réseaux pédophiles, le gouffre de la sécurité sociale, la dette publique, les délocalisations, les grèves à répétition, le tsunami des clandestins... Mon Dieu, mais dans quel pays vivent-ils, ces pauvres Français ? Un pays en guerre civile, une dictature obscure, une République bananière ou préislamique ? À leur place, j’émigrerais en Algérie, il y fait chaud, on rase gratis et on a des lunettes pour non-voyants. » [6]