les 306 « fusillés pour l’exemple » britanniques de 14-18 en voie de réhabilitation


article de la rubrique histoire et colonies > les fusillés de la grande guerre
date de publication : lundi 21 août 2006


Le gouvernement britannique va demander par voie législative la réhabilitation des 306 soldats fusillés pour désertion, mutinerie ou refus de combattre pendant la première guerre mondiale, a annoncé, le 16 août, le ministre britannique de la défense Des Browne. « Bien que cela appartienne à l’Histoire, j’ai conscience de ce que ressentent aujourd’hui les familles de ces hommes », a-t-il indiqué. Cette réhabilitation collective était demandée par les descendants des fusillés depuis 1990, date de déclassification des archives militaires, qui révélaient le stress post-traumatique de ces hommes après les mois de bombardements qu’ils avaient endurés dans les tranchées du nord de la France. Longtemps la révision des procès avait été entravée par l’hostilité des organisations d’anciens combattants et de la famille royale. [1]


JPEG - 19.7 ko
Le mémorial ‘Shot at Dawn’ des 306 soldats exécutés, au National Memorial Arboretum en Angleterre.

Le gouvernement britannique réhabilite les 306 "fusillés pour l’exemple" de la première guerre mondiale

par Marc Roche, Le Monde, le 18 août 2006

Gertrude Harris, 93 ans, savoure sa victoire après l’annonce de la réhabilitation, à titre posthume, de son père. "Mon calvaire est terminé. Je suis heureuse que la réputation de courage de mon paternel ait été enfin rétablie", a déclaré la fille du soldat Harry Farr, fusillé, à l’âge de 25 ans, pour lâcheté sur le front de la Somme (France) en octobre 1916. Mort pour l’exemple, en état de choc après deux ans dans les tranchées, le soldat Farr faisait partie des 306 militaires exécutés pour désertion, mutinerie ou refus de combattre pendant la première guerre mondiale après être passés en cour martiale.

Le ministre de la défense, Des Browne, avait annoncé, le 16 juillet, un pardon global, par voie législative, au lieu d’examiner, après quatre-vingt-dix ans, les cas individuels. Au départ, le ministère de la défense avait ignoré les demandes répétées de réhabilitation introduites par Gertrude Harris qui entendait restaurer la mémoire de son père. Epaulée par sa fille Janet, la dame a bataillé âprement pour obtenir gain de cause malgré les rejets successifs de sa demande par des gouvernements de droite comme de gauche.

RECONNAISSANCE JURIDIQUE

Les pressions des organisations d’anciens combattants très puissantes outre-Manche et du lobby militaire, le mythe de l’héroïsme des tommies morts au champ d’honneur, l’importance des commémorations de la guerre 1914-1918, ainsi que l’hostilité de la presse conservatrice et de la famille royale étaient autant d’obstacles à la révision des procès.

En France, il aura fallu attendre novembre 1998 pour qu’un premier ministre socialiste, Lionel Jospin, réclame la réhabilitation des 49 mutins fusillés lors de la sanglante offensive du général Nivelle au printemps 1917. L’Elysée avait jugé cette initiative "inopportune".  [2]

Au Royaume-Uni, les esprits ont évolué plus rapidement. Même le Daily Telegraph, quotidien proche des cercles militaires, applaudit cette reconnaissance juridique : "Il ne s’agissait pas de déserteurs agissant avec préméditation et de manière rationnelle, mais de combattants rendus fous par la souffrance. Cette décision reflète un changement bienvenu dans notre attitude vis-à-vis de la vie et de la mort sur le champ de bataille."

Cette décision ne fait toutefois pas l’unanimité comme l’atteste l’hostilité de l’historien militaire Correlli Barnett envers cette réintégration dans la mémoire nationale, "prise en fonction de considérations morales d’aujourd’hui qui ne tiennent pas compte des circonstances sociales et militaires de l’époque".

Marc Roche

Notes

[1] Les fusillés néo-zélandais ont été réhabilités en 2000, et les Canadiens honorés l’année suivante.

[2] Voir, sur ce site : article 1026.


Suivre la vie du site  RSS 2.0 | plan d'ensemble du site | le site national de la LDH | SPIP
-->