N’Gamet, lycéenne sans-papier,
mais pas sans soutien
De sa voix posée, au détour d’une phrase disant son bonheur d’étudier en France et sa peur d’en être chassée, affleurent même parfois quelques pointes d’un accent tout sudiste. C’est dire si N’Gamet Sylla, lycéenne de 19 ans originaire de Guinée, a tissé des liens affectifs et profonds avec le pays où elle est arrivée en 2001, débarquant à La Seyne chez sa tante, avec un visa touristique.

- Christiane, la professeure, et son élève.
Pourtant, la jeune fille à la scolarité exemplaire est toujours menacée d’expulsion à la fin de son année scolaire, soit dans deux jours quand tomberont ses résultats du bac. Elle n’a plus de papiers depuis que les services de l’État ont appris que sa carte de résident lui avait été délivrée sur la base de faux documents [2]. Et malgré une intense mobilisation de ses professeurs et camarades de La Coudoulière (Six-Fours), d’associations, partis de gauche et syndicats, elle n’a pu obtenir un titre de séjour. De plus, sa situation n’entre pas dans le cadre de la circulaire du 13 juin, entrouvrant très légèrement la porte à certaines régularisations (voir par ailleurs). La voilà donc sans papiers. Mais pas sans soutien. Hier, devant la mairie de Toulon, elle a même été « symboliquement confiée à un parrain », lors d’une de ces cérémonies républicaines et symboliques qui se multiplient ces derniers temps en France, organisée ici par la Ligue des droits de l’Homme.
- Gilles Desnots, président de la section toulonnaise de la LDH.
Nous allons accomplir ce matin un acte solennel qui nous relie à la chaîne de l’histoire des communautés politiques depuis l’Antiquité. Nous allons parrainer un étranger, ce qui signifie que nous allons accueillir symboliquement une jeune fille dans notre Cité, et la placer sous notre protection, par l’intermédiaire d’un citoyen devenant son parrain républicain.
On aurait aimé que ce bel acte politique qui a toujours marqué le souci des hommes de s’élever au-dessus de la barbarie se déroule en mairie ou d’autres locaux manifestes de la République. Je ne porte pas l’écharpe tricolore qui donnerait à ce parrainage la caution officielle de nos institutions représentatives.
Mais il y a des moments où il ne faut pas hésiter à nous rappeler que la démocratie n’est pas seulement entre les mains de représentants élus, puisqu’elle est d’abord un ensemble de valeurs pour vivre ensemble qui engagent tous les citoyens à exprimer au quotidien et dans des circonstances particulières, comme aujourd’hui, ce qui donne sons sens à notre collectivité : la liberté, l’égalité, la fraternité.
C’est au nom de ces valeurs que nous prenons N’Gamet Sylla sous notre protection. « A partir de ce jour, toute personne dont la liberté serait menacée ou dont le droit serait violé est assurée de trouver auprès de nous aide et assistance ». C’est par ces mots qu’est née la Ligue des Droits de l’Homme, il y a plus de cent ans. C’est un tel engagement qui fonde aujourd’hui l’action des 200 organisations qui composent RESF, réseau éducation sans frontière. C’est ce qui nous réunit aujourd’hui dans un même combat.
Ici, pour N’Gamet Sylla, nous rappelons les termes de la déclaration qui nous unit depuis qu’a commencé la mobilisation de la société contre une politique inhumaine à l’égard des jeunes étrangers scolarisés dans ce pays.
« Ils ont grandi ici, ils sont d’ici, nous les prenons sous notre protection. Face à une politique qui fait de l’immigration un enjeu électoraliste démagogique et dangereux pour la démocratie, de l’étranger un bouc émissaire, du sans papier un sans droit criminalisé, exploitable et expulsable à volonté, nous faisons le choix de l’accueil et de la solidarité, le choix de la lutte commune pour une société plus juste , riche de ses diversités. »
N’GAMET SYLLA, parce qu’on ne peut vivre chaque jour avec la peur du lendemain, parce que en tant qu’être humain tes droits et le respect de ta dignité doivent être reconnus, tu mérites aujourd’hui que les valeurs de la République s’affirment et te donnent le meilleur, le droit à la liberté et à la vie avec nous.
C’est pourquoi nous te confions symboliquement à Philippe Faucon
qui se reconnaît comme ton parrain républicain.PHILIPPE FAUCON , en acceptant de parrainer N’Gamet Sylla, tu lui permets d’échapper à la fatalité qui voudrait qu’elle reste dans l’ombre et vive dans la peur ; tu attestes publiquement que cette personne crée réellement des liens et tisse des réseaux d’amitié au sein de notre société ; tu manifestes un acte de vigilance et de résistance face à une politique d’exclusion.
Pour tout cela, nous te remercions.Nous remettons à N’GAMET ce certificat de parrainage qui est la trace matérielle de ce lien qui nous unit à elle désormais.
A elle et à son parrain nous adressons nos sentiments fraternels.Gilles Desnots
Celui qui, par ce geste s’engage à lui fournir « protection » et manifeste un « acte de vigilance et de résistance face à une politique d’exclusion », selon les termes du président de la section toulonnaise de la LDH, Gilles Desnots, n’est pas un inconnu.
Philippe Faucon, réalisateur dont le travail a souvent porté sur ces sujets, s’est senti concerné par le combat du Réseau éducation sans frontière, initiateur de ces parrainages un peu partout en France. Il a proposé son soutien, se souvenant que dans sa famille, plusieurs personnes, Espagnols immigrés en Algérie, avaient eux aussi « passé des frontières en situation illégale, poussés par la nécessité ».
Il veut faire entendre « l’humanité » de ces situations, contre « les attitudes démagogiques et électoralistes » des lois Sarkozy dit-il. De ses mains, devant une cinquantaine de personnes, N’Gamet Sylla a ainsi reçu un certificat de parrainage, « acte solennel » mené sans écharpes tricolores ni Marianne à l’horizon.
La jeune fille a laissé éclater un joli sourire, puis a retrouvé la timidité de celle qui « n’ose plus sortir de la maison » et redoute « l’arrivée de la police ». « Cela me fait chaud au coeur, je me dis qu’il y a encore de l’espoir » explique-t-elle seulement, je veux poursuivre mes études, rester avec mes amis. La France, c’est mon pays maintenant ».
Dans le Var, une vingtaine de familles et d’enfants pourraient être dans le cas de N’Gamet, pour lesquels militants associatifs, syndicalistes et élus de gauche, comme hier Bruno Maranzana (PS) ou Madeleine Brun (PC), se sont dits prêts à entrer en résistance et en « désobéissance civile ». D’autres parrainages pourraient donc suivre.

- N’Gamet et Philippe Faucon, au pied de Cuverville (photo Richard Barsotti, Nice-Matin).
Régularisations : deux ou trois dossiers selon la préfecture
La circulaire du 13 juin signée par le ministre de l’Intérieur, Nicolas Sarkozy, définit dans quelles conditions les familles d’enfants sans-papier, scolarisés en France, peuvent prétendre à un réexamen de leur situation et à l’obtention d’un titre de séjour. Excluant d’emblée les majeurs, ce texte ne s’applique donc pas à la situation de N’Gamet, trop vieille pour être régularisée.
- N’Gamet, Sami Kilouchi et Me Bruno Bochnakian.
La circulaire définit plusieurs critères, jugés flous par les associations. Dans les Bouches-du-Rhône ou à Paris, dès la publication de ce texte, les familles sans-papier se sont ruées dans les préfectures. Dans le Var, un tel mouvement n’a pas été observé jusqu’à présent. Selon les services de l’État, seules deux ou trois demandes ont été enregistrées sur la base de cette circulaire. De son côté, Me Bochnakian, spécialisé dans le droit des étrangers et avocat qui travaille avec la LDH, assure qu’entre « cinq et dix dossiers » sont parvenus jusqu’à lui, concernant des « familles dont un ou plusieurs enfants sont scolarisés sur le sol français » et pouvant répondre aux critères définis. Plus largement, associations et services de l’État estiment à une vingtaine le nombre d’enfants ou adolescents poursuivant des études dans le Var sans titre de séjour, et donc aujourd’hui menacés d’expulsion.
N’Gamet Sylla parrainée au pied de l’hôtel de ville
Acte solennel et symbolique tout à la fois, la jeune guinéenne N’Gamet SYLLA a été parrainée par le réalisateur Philippe FAUCON sur le carré du port, entre Hôtel de Ville et Génie de la Mer.
On ne présente plus cette lycéenne six-fournaise qui vient de passer son bac et qui tombe sous le coup de la loi Sarkozy. A 19 ans, l’élève au lycée de la Coudoulière de Six-Fours, souhaite, après son bac (les résultats doivent tomber ce vendredi 7 juillet), poursuivre ses études en BTS de comptabilité. Elle vient de s’inscrire, son dossier a été accepté. Mais N’Gamet doit être expulsée de France dès cet été.
Elle est devenue dans le Var un cas emblématique des sans papiers scolarisés expulsables. Peut-être l’arbre qui cache la forêt, alors ses défenseurs veulent s’opposer aux mesures d’expulsion « en offrant aide et protection à ceux qui en sont victimes ».
A l’appel de la Ligue des droits de l’Homme et du Réseau éducation sans frontière (RESF), le rassemblement pour la cérémonie de parrainage réunit tous ceux qui soutiennent la jeune femme depuis plusieurs mois : ses professeurs, élèves, les membres de la LDH, son avocat, des enseignants CGT ou FSU, des politiques ou élus de gauche (PCF, les Verts, PS ou encore LCR) [3]. [...]

- Madeleine Brun, conseillère municipale de Toulon.
Présences d’élus de la République

- Bruno Maranzana, conseiller général du Var, conseiller municipal de Toulon.
Pour le conseiller municipal et général socialiste Bruno Maranzana, « la vertu de la République est de pouvoir, à un moment, dire oui à la désobéissance civile quand un proche, un plus faible que soi est mis en danger ou expulsable ». « Les élus sont là pour servir, mais pas pour dormir », poursuit-il.
Pour Madeleine Brun, conseillère municipale PCF, « les principes de la République sont bafoués dès lors que l’on ne reconnaît pas les droits des enfants de cette même République. Dans le Var, je les appelle à révéler leur situation pour que l’on soit encore plus nombreux faire pression pour que cette immonde loi Sarkozy ne s’applique plus. Elle doit disparaître ».
Et maintenant ? La balle est dans le camp de la préfecture. « N’Gamet a refusé l’aide au retour, c’est maintenant au préfet de faire de nouvelles propositions » commentent Gilles Desnots et Bruno Bochnakian, l’avocat de la jeune guinéenne. Tous espèrent qu’un titre de séjour « au titre familial et vie privée » lui soit délivré afin qu’elle termine ses études

- Un T-shirt "souvenir".
L’appel à venir assister au parrainage de N’Gamet
N’Gamet SYLLA a 19 ans. Elève au lycée de la Coudoulière de Six-Fours (Var), elle souhaite, après son bac, poursuivre ses études en BTS de comptabilité.
Mais N’Gamet doit être expulsée de France dès cet été. Pourquoi ? Parce qu’elle ne possède plus de titre de séjour.
N’Gamet est une bonne élève, elle vit chez sa tante et satisfait à tous les critères d’intégration que le bon sens peut imaginer. Depuis plus de trois mois, nous soutenons sa demande. Mais la préfecture refuse d’entendre raison.
Pourquoi l’administration refuse-t-elle de lui donner un titre de séjour ? Pourquoi lui demande-t-elle de retourner en Guinée ?
La réponse est simple : le gouvernement a demandé aux préfets de faire du chiffre en matière d’expulsion.
La "petite" N’Gamet n’est pas la seule à être menacée d’expulsion ! Plusieurs milliers de jeunes qui étaient jusqu’à présent scolarisés en France vont bientôt se trouver dans la même situation : interdits de séjour dans un pays qui accorde le droit de cité aux œuvres d’art du Musée du Quai Branly, à Paris.
Nous savons, depuis la fondation même des démocraties, qu’un pouvoir n’est légitime que dans la mesure où il n’entre pas en contradiction avec certains principes supérieurs de l’humanité, et notamment le respect des vivants et des morts, l’hospitalité, l’imprescriptibilité de la vérité. Ces lois non écrites sont au-dessus de toute législation de circonstance, et les gouvernants doivent veiller à les respecter à tout prix. Dès lors qu’ils constatent que la législation viole ces principes fondamentaux, il est du devoir des citoyens de refuser de s’y plier.
Au nom des femmes et des hommes qui, avec le Réseau éducation sans frontières et la Ligue des droits de l’Homme, récusent des règlements violant les principes élémentaires, nous
- demandons que N’Gamet bénéficie d’une mesure de régularisation par la délivrance d’un titre de séjour lui permettant de mener à bien ses études, et
- déclarons que, tant que la loi ne sera pas changée, nous nous opposerons aux mesures d’expulsion en offrant aide et protection à ceux qui en seront les victimes.
Rendez-vous mercredi 5 juillet à 11h30, sur le carré du port de Toulon, au pied de Cuverville.
Vous êtes tous conviés à participer à l’événement !Toulon, le 4 juillet 2006.


