donner une méthode pour déterminer le degré de blancheur nécessaire »
[Boutade amère attribuée à Condorcet en 1791]
A la veille de la Révolution, l’abolitionnisme est défendu en France par la Société des Amis des Noirs, fondée en février 1788 par Brissot. Elle compte parmi ses 130 ou 140 membres, l’abbé Grégoire et Condorcet, rejoints en 1789 par La Fayette, Mirabeau, le duc de la Rochefoucauld, le comte de Clermont-Tonnerre et le juriste Sonthonax. Les Amis des Noirs prônent un abolitionnisme timoré et progressif, peut-être persuadés, comme Voltaire, que les noirs sont inférieurs aux blancs.
En août 1789, la Constituante abolit les privilèges et proclame les Droits de l’Homme et du Citoyen le 26 août. Mais l’abolition de l’esclavage ne sera proclamée qu’en février 1794. Les représentants des planteurs et les assemblées coloniales s’y étaient opposés en menaçant de proclamer leur indépendance.
Des esclaves s’étaient révoltés aux Antilles dès 1789. A Saint-Domingue (Haïti), la principale et la plus riche de toutes les colonies françaises, la révolte des Noirs débute en août 1791 ; ils se soulèvent sous le commandement d’un chef nommé Toussaint Louverture [1]. Devant ce soulèvement et les menaces d’invasion anglaise et espagnole, les commissaires de la République française à Saint-Domingue, Sonthonax et Polverel, proclamèrent la liberté générale des esclaves, en août et septembre 1793.
Trois députés élus à Saint-Domingue sont envoyés à Paris : Jean-Baptiste Belley, un noir, Louis-Pierre Dufay, un blanc, et Jean-Baptiste Mills, un mulâtre. Après un beau discours de Belley, la Convention vote par acclamation l’abolition de l’esclavage, le 16 pluviôse an II (4 février 1794) [2].

La Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen de 1793 est complétée en conséquence :
- Art. 18 - Tout homme peut engager ses services, son temps ; mais il ne peut se vendre, ni être vendu ; sa personne n’est pas une propriété aliénable. La loi ne reconnaît point de domesticité ; il ne peut exister qu’un engagement de soins et de reconnaissance, entre l’homme qui travaille et celui qui l’emploie.
Cette première abolition fut sans effet réel dans les colonies, si ce n’est à la Guadeloupe, où la décision de 1794 trouva un début d’application. En mai 1802 (27 Floréal an X), Bonaparte rétablissait la traite et l’esclavage conformément aux dispositions antérieures à 1789 [3]. Il faudra attendre 1848 pour que la France abolisse définitivement l’esclavage [4].