Histoire coloniale et postcoloniale

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politique de l’immigration : un écho aux années 30, par Martine Storti

mardi 1er juin 2010, par la rédaction

Dans son livre L’arrivée de mon père en France, Martine Storti, née à Colombes en avril 1946, s’interroge sur la politique de l’immigration
 [1]. Elle fait écho à l’histoire de son père, fraiseur-outilleur, immigré italien des années trente : « quand il est arrivé à la frontière, a-t-il dit comme le font aujourd’hui ceux qui sont à Calais : “j’ai un beau-frère en France, je vais le rejoindre.” ? »... Elle constate les violences et humiliations qui accompagnent aujourd’hui l’application de cette politique : « Nous tolérons ces traitements, nous tolérons des zones où le droit est bafoué, nous tolérons ces zones d’exception. Nous tolérons l’exception et sa banalisation. Et ensuite ? »

Ci-dessous la conférence qu’elle a donnée le 4 décembre 2009, à Paris, à l’occasion d’un colloque organisé par l’association Les amis de Max Marchand, de Mouloud Feraoun et de leurs compagnons [2], publiée dans Le Lien, bulletin N°56 de l’association, mai 2010.

Trois parties ou moments :

  • les politiques actuelles, française et européenne, relatives à
    l’immigration,
  • les conséquences de ces politiques,
  • qu’est-ce qui fait écho entre aujourd’hui et hier ?

Immigration : politiques d’aujourd’hui et d’hier. A-t-on le droit de les comparer ?

Politiques française et européenne

Sur la scène française, la politique à l’égard de l’immigration change au milieu des années 70 avec ce qu’il est convenu d’appeler « la crise » (fin des Trente glorieuses, premier choc pétrolier...)
A partir de 74, on commence à restreindre immigration. Au fil des années,
durcissement des conditions d’entrée qui s’accompagne de la prédominance du volet « répression » sur le volet « intégration ».

Cette politique va au delà d’enjeux français, devient peu à peu une politique
européenne
Depuis une dizaine d’années, un « paysage » européen s’est construit autour de l’immigration, paysage auquel nous nous sommes peu à peu habitué, à coups de programmes quinquennaux (Tampere de 1999 à 2004, La Haye de 2004 à 2009, pour les années suivantes, pacte européen pour l’immigration et l’asile adopté lors de la résidence française du conseil européen au second semestre 2008. Au fil des années, c’est surtout le point relatif au contrôle des frontières et aux procédures de renvoi qui a été privilégié. On assiste à une harmonisation vers le bas, un alignement sur les législations les moins protectrices.
Développement aussi d’une politique d’externalisation, en renvoyant à des pays tiers la charge d’empêcher les départs des migrants. En 2002, lors du Conseil européen de Séville, pour la première fois, l’Union européenne affiche sa volonté d’intégrer la politique d’immigration dans ses relations avec les pays tiers en décidant d’intégrer, dans « tout futur accord de coopération, accord d’association ou accord équivalent que l’UE conclura avec que pays que ce soit », une clause de réadmission en cas d’immigration illégale. L’année suivante, en mars 2003, lors d’une réunion des ministres de l’Intérieur et des Affaires étrangères de l’Union européenne, les Britanniques proposent de « délocaliser » – tout se délocalise ! – le traitement de la demande d’asile dans les pays traversés par ceux qui la font, soit avant l’entrée en Europe. Un an plus tard, au cours de l’été 2004, un projet italo-allemand vise à installer en Afrique du Nord des « guichets européens de l’immigration » pour regrouper hors des frontières européennes les candidats à l’immigration. Ces deux propositions ne
sont pas immédiatement adoptées mais elles débouchent, au sommet de La Haye en novembre 2004, sur le programme baptisé « dimension extérieure de l’asile et de l’immigration », lequel institue un système de cogestion des frontières qui déplace les contrôles à l’extérieur de l’Union européenne, au moyen de plusieurs instruments : politique des visas, sécurisation des documents de voyage, accords de réadmission, renforcement de la capacité d’intervention des frontières maritimes et terrestres, formation de fonctionnaires impliqués dans la gestion des frontières. D’où la création de l’Agence pour la gestion de la coopération aux frontières extérieures, l’agence Frontex, et en 2007, la création d’« équipes d’intervention rapide aux frontières », ce qui, à partir de la version anglaise, « rapid border intervention teams », donne le délicieux acronyme de Rabit.

En clair : l’Union européenne érige, pour se protéger, des pays tampons et externalise des procédures d’immigration avec notamment le report du contrôle des frontières au delà de celles de l’Union européenne dans la mise en oeuvre d’un donnant-donnant international qu’il est possible d’ainsi résumer : tu retiens les immigrés, je lève les sanctions économiques, ou politiques, ou financières. En encore plus clair : que les pays dits tampons ou de transit, le Maroc, l’Algérie, la Libye, au flanc sud de l’Union européenne, l’Ukraine, la Moldavie, la Biélorussie à son flanc oriental, gardent les candidats à l’entrée en Europe et s’en débrouillent.

Conséquences

L’immigration comme quelque chose dont il faut se protéger, qui représente une menace (pour les emplois ou la sécurité ou l’identité nationale etc.).
Le fantasme de l’invasion.
La suspicion (mariage blanc, faux rapprochement familial, tests ADN).
La distinction entre « immigration subie » et « immigration choisie ».
Rafles et « camps » aux frontières de l’Europe (Est et Sud), sur lesquelles peu
d’information est fournie.
Centres de rétention et d’enfermement, zone d’attente dans les aéroports.
Situations matérielle très difficiles (jungle à Calais que la police régulièrement
« nettoie », « purifie », squat dans les squares, sous des ponts, au long des plages, sur des parkings...).
Expulsions médiatisées.
Le durcissement de l’entrée m’empêche pas l’immigration, elle la rend plus risquée et plus dangereuse (bateaux qui coulent, passeurs de plus en plus chers...).
Assimilation de l’immigration et des immigrés à « clandestins », « irrégularité », « sans papiers », « dangerosité », assimilation non seulement de l’entrée (immigration) mais même de la sortie (émigration) à un délit, alors que le droit de quitter son pays est un droit de l’homme.
Vocabulaire qui assimile être humains (hommes, femmes, enfants) à des
marchandises, « gérer des flux », « trier », « quota » « chiffres à atteindre »...
Instrumentalisation politique de l’immigration au gré des intérêts des uns ou des autres (c’est autour de l’immigration que s’opère la remontée du Front national, à partir de 1983, sur la scène française...)

Echo à d’autres années ?

Je me suis interrogée sur l’articulation de ce paysage actuel avec un paysage antérieur, celui des années trente. Pourquoi ? Parce que je pars de l’histoire de mon père et qui est un émigré des années trente, années très intéressantes, à la fois d’un point de vue français et d’un point de vue européen.

Pour m’en tenir à la scène française, dont les caractéristiques sont aussi celles d’autres pays, la décennie est intéressante parce qu’il y a une diversité d’émigrés et de causes d’émigration. On a une émigration économique essentiellement européenne. Ce sont les émigrés italiens, espagnols, polonais donc une émigration du sud et de l’est de l’Europe. Cette émigration économique s’accompagne, au long de la décennie, d’une émigration politique d’ordres divers, les Italiens qui fuient l’arrivée de Mussolini au pouvoir, les républicains espagnols qui arrivent à la fin de la décennie en France après la défaite de la République espagnole, l’émigration juive pour ceux qui comprennent à temps qu’il faut quitter l’Allemagne et ensuite l’Autriche après l’Anschluss.

Au plan de l’immigration, les effets de la crise de 1929 produisent à partir de 1932 sur la scène française, un durcissement des conditions d’entrée des étrangers. J’ignore la date exacte de l’arrivée de mon père en France. Si je la situe en 1931, il peut arriver en France sans contrat de travail. Si je le fais arriver fin 1932, il lui faut un contrat de travail pour pouvoir arriver légalement en France parce que entre 1931 et 1932, la législation a changé. En 1931 il ne faut pas de contrat de travail. Fin 1932, il faut un contrat de travail si on veut bénéficier du statut d’émigré pouvant travailler dans le pays. Sinon on entre clandestinement.

A l’égard de l’émigration, compte-tenu des effets de la crise, on assiste à un
durcissement à peu près semblable à celui auquel on assiste depuis vingt ans sur la scène européenne actuelle et avec à peu près les mêmes mesures : le visa, le contrat de travail, sinon l’interdiction, du moins la difficulté du regroupement familial, la préférence nationale, cette expression qui, comme vous le savez, est revenue sur la scène française à partir du début des années 80 avec la remontée du Front national et de l’extrême droite.
La loi de 1932 pour le travail précise qu’il faut d’abord donner du travail aux nationaux. Les mesures sont semblables car lorsque l’on veut empêcher l’arrivée d’étrangers, il n’y a pas cinquante manières de s’y prendre, quelle que soit la période et quel que soit le pays. En 1935, on a même un texte qui interdit l’accès de certaines professions à des étrangers, ou qui réglemente de manière extrêmement précise leur rôle dans le domaine artisanal et commercial.
En Italie est aujourd’hui à l’étude une proposition de loi pour punir d’une amende l’entrée »irrégulière » sur le territoire,, eh bien le décret loi du 2 mai 1938 et les lois du 14 mai 1938 prévoient une amende de 100 à 1000 francs pour l’entrée illégale sur le territoire français et éventuellement une peine
d’emprisonnement de un mois à un an. C’est « l’administratisation » de l’entrée des étrangers. Par exemple, par cette loi de 1938, le préfet est seul autorisé à accorder ou à refuser la prolongation de validité de la carte d’identité des étrangers. On a une batterie de mesures qui sont incontournables dès lors qu’on est dans une politique de limitation de l’entrée des étrangers.

Intéressant aussi de regarder le vocabulaire utilisée à l’époque, par exemple la
manière dont les diplomates ou les textes officiels parlent de l’émigration et
notamment de l’émigration juive. Je suis là dans les années 1930, je ne suis pas dans les années 1940. L’émigration juive est une émigration d’ordre politique, les gens qui vivent à ce moment-là, ceux qui écrivent ou qui font les politiques qu’ils font, évidemment ne sont pas dans la situation historique dans laquelle nous sommes, ils ne savent pas ce que sera la suite. Ils ignorent et évidemment personne ne pouvait imaginer la politique d’extermination des juifs d’Europe conduite par le régime nazi et ses alliés dans les années 1940.

Dans les années 30, l’émigration juive est une émigration politique qui est juive certes, mais pas avec le poids que donnera ensuite la Shoah à la situation des juifs d’Europe.
J’ai été très intéressée par la lecture de textes écrits par des diplomates français que Catherine Nicaud cite dans le numéro 1 des Cahiers de la Shoah. Pierre Arnal, chargé d’affaires de France à Berlin qui écrit – on est en 33, Hitler vient d’arriver au pouvoir : « Autant il peut y avoir intérêt pour nous à accepter l’installation définitive d’éléments soigneusement choisis, et dont la plupart souhaitent pouvoir adopter à la longue la nationalité française, autant il conviendra sans doute de procéder à un filtrage sérieux en ce qui concerne les juifs de condition inférieure pour la plupart venus en Allemagne à une date très récente. »
Le consul de France à Cologne, Jean Dobler, la même année : « J’ai immédiatement prescrit que dorénavant tout postulant à un visa devrait remplir un formulaire indiquant sa confession religieuse et que dans le cas d’un israélite nous suspendrions l’octroi du visa au résultat d’une enquête à mener auprès de la banque donnée comme référence par l’intéressé. Je pourrai ainsi certainement écarter un assez grand nombre d’israélites qui ne possèdent aucune ressource ou n’en possèdent que d’insignifiantes. Si par contre l’enquête révélait que nous avons à faire avec certains israélites qui jouissent en Allemagne d’une bonne situation, il n’y a évidemment aucun danger, il
peut même y avoir intérêt pour nous à leur offrir l’hospitalité. J’estime en effet
hautement préférable de ne laisser entrer en France que les israélites que nous
sommes réellement disposés à y conserver. » Il ajoute : « il faut faire attention parce que ces gens là ont beaucoup d’entregent et en plus les juifs d’Allemagne ne sont pas à proprement parler des réfugiés dans la mesure où l’exercice de leur religion, la sécurité de leur personne sont à cette heure en Allemagne véritablement garantis, aucun péril ne les menace. »

Pourquoi ces textes sont-ils intéressants ? Il y a des mots, des expressions : choisir ses émigrés, regarder s’ils ont les ressources nécessaires, n’accepter qu’une émigration qui est intéressante pour nous etc. Encore une fois, ces diplomates ignorent ce qui va se passer dans les années suivantes, mais précisément il est intéressant de voir qu’on ne sait jamais quelles sont les conséquences de la manière que l’on a de regarder une réalité et une situation. Donc aujourd’hui quand les restrictions, dans le cadre de l’Etat
français ou plus largement au niveau de l’Union européenne, par exemple, à l’entrée à l’octroi du droit d’asile sont de plus en plus importantes, et comme vous le savez, le droit d’asile est demandé généralement pour des raisons politiques, on n’est jamais en mesure de dire quelles sont les conséquences de la décision que l’on prend.

Il y a aussi la conférence d’Évian de juillet 1938, qui se tient pendant neuf jours du 6 au 15 juillet 1938. C’est une conférence qui regroupe 28 pays, qui se tient à l’initiative du président Roosevelt, président des Etats-Unis, pour étudier avec d’autres pays ce qu’on va faire à l’égard de ces Juifs qui arrivent d’Allemagne et d’Autriche, et dont on sent bien que la décision de quitter l’Allemagne et l’Autriche va être de plus en plus importante.
Alors on réunit 29 pays, 28 plus les Etats-Unis, 29 pays pour décider des politiques conduites à l’égard de ces personnes qui il faut bien le dire sont considérées comme encombrantes.
Ce sont des réfugiés, ce sont des demandeurs d’asile, si on
utilisait les expressions actuelles. Certains proposent qu’on envoie ces Juifs qui
quittent l’Allemagne et l’Autriche en Australie. En Australie il y a de l’espace ! Mais l’Australie refuse. On assiste à ce que Golda Meir, qui était là comme observatrice, appelle, dans son autobiographie, « l’étalage des égoïsmes », c’est-à-dire chacun essayant de faire porter à d’autres et la responsabilité de décisions et la responsabilité de l’accueil.

Intéressant aussi l’alibi invoqué lors de cette conférence, à savoir : « on ne peut pas accueillir tous les Juifs qui demandent à entrer parce que cela provoquerait de l’antisémitisme. »
Quand on lit cela, on ne peut pas ne pas faire un rapprochement avec un propos tenu par le ministre de l’Intérieur du gouvernement français lors du débat parlementaire sur le projet de loi relatif à l’immigration choisie : on aimerait bien accueillir tous ceux qui veulent rentrer mais évidemment on ne peut pas le faire parce que si on le faisait, on développerait le racisme et la xénophobie.
On peut aussi remarquer la similitude des mots, des représentations. Golda Meir est choquée que l’on parle de ceux qui fuient les persécutions nazies, en nombres, en chiffres, en quotas, en statistiques, exactement les mots actuels évoqués ci-dessus.

Je terminerai sur un questionnement : jusqu’où peut-on aller non dans la comparaison mais dans une sorte de rapprochement ? Lorsque l’on dit aux enfants des écoles ou aux jeunes gens, « plus jamais ça », le « ça » désigne ce qu’on n’arrive même pas encore aujourd’hui à penser, c’est l’innommable, c’est la Shoah, c’est l’extermination de millions d’hommes, de femmes, d’enfants, c’est les camps de la mort.
Mais le « ça » qui est l’horreur absolue, n’arrive pas d’un seul coup, n’arrive pas comme un coup de tonnerre dans un ciel serein. J’ai une interrogation que je porte à travers ce livre, que je porte à travers ma vie. A quel moment y-a-t-il un saut qualitatif, si je puis dire ? Quel est le lien entre le summum de la barbarie et ce qui précède ? Comment se fait l’enchainement ?
Evidemment toute saloperie ne mène pas à la barbarie absolue, cependant comment nier l’engrenage, d’une chose à une autre, d’une habitude à une
autre, d’une accoutumance à une autre, d’un petit abus de pouvoir à un abus plus grand, d’un petit arbitraire à un arbitraire plus grand.

Lampedusa, à l’extrême sud de l’Europe, ce centre de rétention qui s’appelle
maintenant centre d’expulsion mais qui pendant plusieurs années s’est appelé « 
centre temporaire de séjour ». Il est très difficile de savoir ce qui s’y passe, lorsqu’il y a des visites de parlementaires européens, il n’y a pratiquement plus aucun réfugié à l’intérieur. Trois jours avant, ils étaient 900, et ils ne sont plus que 20 ou 30 quand les parlementaires européens arrivent.
Les journalistes ne sont pas autorisés à pénétrer dans le CPTA, sauf à se faire passer pour un clandestin, comme le fit Fabrizio Gatti, de L’Espresso. Un jour de septembre 2005, il s’est jeté à la mer, non loin d’une plage, a été secouru par des riverains, pris en charge par des carabiniers, s’est fait passer pour un réfugié kurde irakien nommé Bilal Ibrahim El-Habib et est resté six jours dans le
centre avant d’être transféré en Sicile.
Rentré à Rome, redevenu Fabrizio Gatti, il a raconté, dans l’hebdomadaire italien, son séjour sous le titre Dans l’enfer de Lampedusa. De l’intérieur, et pas pour une visite de quelques heures, cela donne : interrogatoires, prise des empreintes digitales, attribution d’un billet portant un numéro matricule, fracas assourdissant des avions, les jets d’air chaud envoyés par les Airbus manoeuvrant sur la piste de l’aéroport vers les fenêtres de la pièce où dorment les immigrés, mauvaises conditions matérielles et sanitaires, nombre insuffisant de lits, nourriture dégueulasse, saleté, puces qui infestent le centre, merde qui déborde dans les toilettes, portes cassées, absence d’intimité...
Fabrizio Gatti a raconté d’autres choses encore, les coups sur la tête, les coups de poings, les gifles de gants de cuir
donnés sur les oreilles, l’obligation de s’asseoir dans des écoulements d’urine, les humiliations, les actes racistes infligés par les gardiens, par exemple des musulmans mineurs obligés de regarder des photos pornographiques sur le téléphone portable des carabiniers... Evidemment, tout cela assez loin de nos prêches droits-delhommistes.

La question est bien celle-là : pourquoi, en plus de la rétention, prélude à l’expulsion, ces mauvais traitements ? Car de nombreux témoignages, enquêtes, rapports, l’attestent. A Lampedusa, ou ailleurs, dans les pays européens ou non européens, dans des centres ou des camps, les immigrés sont maltraités. A l’inconfort matériel s’ajoutent très souvent brimades, violences, insultes, humiliations... Sur la scène européenne, pas d’ordre qui obligerait les policiers, des agents des Etats, des fonctionnaires à de tels comportements. Pas d’ordre explicite. Pas de politique d’Etat décidant, organisant, planifiant, administrant, ordonnant des violences et des humiliations.

Alors quoi ? Pourquoi de telles conduites ? Parce que ceux qui les adoptent savent qu’elles sont tolérées. Implicitement tolérées. Par la hiérarchie. Par les politiques. Par le corps social. Nous tolérons ces traitements, nous tolérons des zones où le droit est bafoué, nous tolérons ces zones d’exception. Nous tolérons l’exception et sa banalisation. Et ensuite ?

Martine Storti



[1Martine Storti, L’arrivée de mon père en France, éditions Michel de Maule, novembre 2008, 20 €.

Un livre sur l’immigration des années trente, un livre sur l’immigration aujourd’hui.
Un livre sur "pourquoi certains sauvent des Juifs et pourquoi d’autres les dénoncent".
Un livre sur l’exil, la mémoire, la transmission, le courage, la lâcheté.