Histoire coloniale et postcoloniale

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les amabilités d’Henri Guaino à ceux qui n’apprécient pas son discours de Dakar

vendredi 12 octobre 2007, par nf

Les propos de Fadela Amara qualifiant de « dégueulasse » l’instrumentalisation de l’immigration et donc les tests ADN ont provoqué l’indignation de Patrick Devedjian : « ce n’est pas bien d’injurier les députés de la majorité ». Le député des Hauts de Seine, secrétaire général de l’UMP, a-t-il oublié que lui-même, peu après les législatives, avait qualifié Anne-Marie Comparini de « salope » ?

Fadela Amara évoquait un projet de loi, et n’injuriait pas des hommes, comme cela semble se pratiquer sans complexe au sommet de l’Etat : “petit con”, “connard”, “crétin”, “salaud”...

Pour BHL, Henri Guaino est raciste

Mardi 9 octobre matin, invité par France Inter pour évoquer son dernier ouvrage Ce grand cadavre à la renverse (Grasset), Bernard-Henri Lévy s’en est pris à Henri Guaino, proche conseiller du chef de l’Etat français, en contestant violemment le discours prononcé
à Dakar par Nicolas Sarkozy le 26 juillet dernier :

« Guaino, il est raciste. C’est lui qui a fait le discours de Dakar, que le président Sarkozy a prononcé et qu’il a dû découvrir dans l’avion parce que Sarkozy n’est pas raciste. Discours ignoble où l’on disait que si l’Afrique n’était pas développée c’était parce qu’elle n’était pas inscrite dans l’histoire [...]. Dire cela en effaçant complètement la colonisation, la destruction du pays par cette époque honteuse du colonialisme, c’est du Guaino et c’est du racisme [...]. Ce discours est un discours raciste, celui qui l’a écrit est donc vraisemblablement un raciste. »

Principal reproche de BHL à Guaino : avoir écrit le discours prononcé par Nicolas
Sarkozy
le 26 juillet à Dakar. Dans ce discours, Nicolas Sarkozy accusait « l’homme africain » d’être un frein au développement du continent : « Le drame de l’Afrique, c’est que l’homme africain n’est pas assez entré dans l’Histoire. [...] Jamais il ne s’élance vers l’avenir. [...] Dans cet imaginaire où tout recommence toujours, il n’y a de place ni pour l’aventure humaine, ni pour l’idée de progrès. »

Henri Guaino disjoncte [1]

Accusé par BHL d’être “raciste”, le conseiller spécial du président de la République lui a toutefois rendu la pareille, trois heures plus tard. Voici des extraits de ce qu’il a déclaré à Julien Martin (Rue89), en précisant « vous pouvez l’écrire » :

« Ce petit con prétentieux ne m’intéresse pas. Qui est-il donc ? Qu’a-t-il fait dans sa vie de si extraordinaire pour se permettre de juger comme ça ? Je n’ai jamais rencontré BHL. Il ne m’aime pas, moi non plus. Il n’aime pas la France, moi si. Il a la bave aux lèvres, avec la haine qui suinte de partout. »

« Dès qu’on parle d’anthropologie, on est raciste alors ? Je pensais que c’était fini depuis cinquante ans. »

« J’assume le discours de Dakar ligne à ligne, mot à mot, à la virgule près. Mais ce discours, c’est celui du président de la République : s’il ne voulait pas le prononcer, il ne l’aurait pas fait. Des crétins y en a toujours eu. Qu’est-ce que vous voulez que je réponde à autant de conneries ? »

Bernard-Henri Lévy n’est cependant pas le seul à faire grief à Henri Guaino. En mai déjà, plusieurs historiens de la Cité nationale de l’histoire de l’immigration avaient démissionné pour protester contre la création d’un ministère de l’Immigration et de l’Identité nationale, idée inspirée par le conseiller spécial. Des chercheurs qui notaient que l’unique antériorité d’un tel ministère était le secrétariat d’Etat aux Questions juives, institué sous Vichy.

Guaino ne supporte pas la comparaison. Et la plume du Président se fait plus acerbe encore : « Ce n’est pas la France qui rapportait ça, mais trois connards aux propos particulièrement abjects. »

L’exemple vient de haut

Début octobre 2006, dans une banlieue de Marseille, Azouz Begag, ministre délégué à la promotion de l’égalité des chances, interpellé sur le projet de loi sur l’immigration, croyait faire un bon mot en rétorquant : « Je ne m’appelle pas Azouz Sarkozy. »

Fureur du ministre de l’intérieur qui appela Azouz Begag, alors dans le train : « Tu es un connard ! Un déloyal, un salaud ! Je vais te casser la gueule ! Tu te fous de mon nom... Tu te fous de mon physique aussi, je vais te casser ta gueule, salaud ! Connard ! »

C’est ce que Azouz Begag rapporte dans son livre Un mouton dans la baignoire. De son côté, Nicolas Sarkozy conteste cette version des faits : « Je n’ai jamais dit cela à Azouz Begag pour une raison simple, c’est que je crois que je ne l’ai jamais rencontré. » [2].

Au second plan : Azouz Begag, ministre délégué à la Promotion de l’Egalité des chances du gouvernement Villepin, du 2 juin 2005 au 5 avril 2007,
au premier plan : Nicolas Sarkozy, ministre d’Etat, ministre de l’Intérieur et de l’Aménagement du Territoire du 2 juin 2005 au 26 mars 2007.

[2Déclaration, sur I-télé le 6 avril 2007, de Nicolas Sarkozy qui a poursuivi : « Franchement il se donne beaucoup de mal pour se rendre intéressant, [...] il faut banaliser tout ça, ça n’a pas d’importance ».