Histoire coloniale et postcoloniale

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Pierrre-Jean Le Foll-Luciani, “les juifs algériens dans la lutte anticoloniale”

jeudi 9 juillet 2015, par nf

Le nouvel ouvrage de Pierre-Jean Le Foll-Luciani, Les juifs algériens dans la lutte anticoloniale. Trajectoires dissidentes (1934-1965), est issu de sa thèse de doctorat. Il est basé sur des entretiens biographiques menés avec 40 anciens militants, sur des sources privées et sur des fonds d’archives souvent inexplorés. Il met en lumière les ressorts de ces trajectoires dissidentes en les articulant à une réflexion générale sur le rapport des juifs algériens à la question coloniale. Au prisme de cette entrée minoritaire, il s’agit aussi de construire une histoire par le bas des juifs d’Algérie, du communisme algérien et, plus généralement, de la société algérienne colonisée et nouvellement indépendante. [1]

Pierre-Jean Le Foll-Luciani, Les juifs algériens dans la lutte anticoloniale
Ed. Presse universitaire de Rennes (PUR), mai 2015, 541 pages, avec un cahier de 72 photos.


Quatrième de couverture

« Pour nous qui venions à peine d’avoir l’âge de raison en ces jours d’humiliation, ces années de jeunesse ont à jamais marqué notre vie et c’est pourquoi nous sommes fiers de l’injure qu’on nous lançait comme un opprobre : Oui, nous sommes des juifs indigènes algériens… Et après ? Vous n’aurez pas notre cœur contre un certificat de nationalité dont vous vous servez comme d’un couperet de guillotine. »

Diffusées clandestinement durant la guerre d’indépendance, ces lignes ont été écrites en 1957 par des juifs algériens qui, nés citoyens français vers 1930, déchus de la citoyenneté française durant trois années et exclus de l’école sous Vichy, sont devenus des militants communistes algériens après la Seconde Guerre mondiale avant de rejoindre le FLN en 1956.

De l’entre-deux-guerres à l’indépendance de l’Algérie, une petite minorité de juifs issus de familles autochtones ont suivi des trajectoires comparables, les déplaçant en quelques années des projets sociaux ordinaires de leurs parents – faire de leurs enfants de bons Français plus ou moins juifs – vers le projet politique inouï de s’affirmer Algériens. Bouleversant l’ordre du monde colonial par leurs prises de position politiques, par leurs sociabilités transgressives et jusque dans leur intimité affective, ces hommes et ces femmes ont engagé leur vie pour une Algérie décolonisée et socialiste dont ils seraient citoyens, participant pleinement – mais non sans difficultés dans leur confrontation avec le nationalisme algérien dominant – au mouvement national, aux épreuves de la clandestinité et de la répression durant la guerre d’indépendance, et aux premières années de construction de l’Algérie indépendante.

Basé sur des entretiens biographiques menés avec 40 anciens militants, sur des sources privées et sur des fonds d’archives souvent inexplorés, cet ouvrage met en lumière les ressorts de ces trajectoires dissidentes en les articulant à une réflexion générale sur le rapport des juifs algériens à la question coloniale. Au prisme de cette entrée minoritaire, il s’agit aussi de construire une histoire par le bas des juifs d’Algérie, du communisme algérien et, plus généralement, de la société algérienne colonisée et nouvellement indépendante.

SOMMAIRE

Les juifs d’Algérie et la question coloniale (1934-1962). Regards policiers, pratiques politiques

  • Un anticolonialisme juif ? (1934-1939)
  • Les juifs sont-ils des indigènes ? La « collusion judéo-arabe », fantasmes et réalités (1940-1948)
  • Le Parti communiste algérien et les « Algériens d’origine israélite » (1946-1954)
  • Les juifs sont-ils des Algériens ? Propagandes de guerre (1954-1962)

Devenir Algérien. Une jeunesse juive en Algérie française (entre-deux-guerres-1954)

  • Une enfance juive en Algérie française
  • Un moment matriciel. Des lois antijuives de Vichy au bouillonnement politique d’après-guerre
  • Une contre-société anticolonialiste. UJDA et étudiants communistes
  • « La patrie du travailleur juif algérien, c’est l’Algérie »

Inventer des algérianités. En guerre et en pays libéré (1954-1965)

  • Entrer en guerre
  • Un Algérien nouveau ? À l’épreuve de la clandestinité
  • Algériens par la chair. Face à la répression
  • « On n’a pas notre place ici. » En Algérie indépendante (1962-1965)

Compléments :


[1Pierre-Jean Le Foll-Luciani est agrégé et docteur en histoire. Il a publié en 2012 aux PUR un livre d’entretiens avec William Sportisse, Le Camp des oliviers. Parcours d’un communiste algérien.