Histoire coloniale et postcoloniale

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Nicolas Sarkozy dans la dynamique de légitimation du racisme

mercredi 28 novembre 2007

Un rapporteur spécial de l’ONU sur le racisme, la discrimination raciale et la xénophobie, a accusé, devant les Nations unies, le président Sarkozy de « légitimer le racisme ».

Nous avons recherché les déclarations de Nicolas Sarkozy et de ses proches qui peuvent justifier une telle affirmation. Nous publions, à la suite d’un entretien avec ce rapporteur, le début de cette recension — elle sera éventuellement complétée.

« Sarkozy s’inscrit dans la dynamique de légitimation du racisme par les élites »

un entretien de Doudou Diène
rapporteur sur la discrimination raciale auprès de l’ONU,
Libération, 22 novembre 2007

Doudou Diène, rapporteur spécial de l’ONU sur le racisme, la discrimination raciale et la xénophobie, et intellectuel sénégalais vivant à Paris, a accusé, devant les Nations unies, le président Sarkozy de « légitimer le racisme ».

  • Pensez-vous vraiment que Nicolas Sarkozy soit raciste ?

Non, je n’ai jamais dit qu’il était raciste. S’il l’était, il n’aurait pas nommé Rama Yade ou Rachida Dati au gouvernement. Mais, par son discours à Dakar [prononcé le 26 juillet, ndlr], il s’inscrit dans ce que je dénonce, dans mon rapport à l’ONU, comme une dynamique de légitimation scientifique et intellectuelle du racisme par les élites. Je cite en particulier le prix Nobel James Watson, qui a affirmé que les Noirs sont moins intelligents que les Blancs. Le discours de Dakar relève expressis verbis des discours racistes des XVIIIe, XIXe et XXe siècles. A l’époque, une abondance de textes légitimaient la colonisation en la présentant comme une entreprise de civilisation pour apporter les lumières à l’homme africain. Sarkozy reprend presque les mêmes arguments. Certes, il dénonce la colonisation en tant qu’entreprise d’exploitation économique. Mais cela n’a pas de sens si c’est pour reprendre son argument fondateur : l’infériorité intellectuelle des Africains. Ce discours a profondément blessé en Afrique. Je crois que ceux qui l’ont écrit et lu n’ont pas assez réfléchi à sa portée.

  • A quoi faites-vous référence quand vous dénoncez le racisme des élites françaises ?

Je peux vous citer plusieurs exemples récents. Pascal Sevran, qui a justifié le sous-développement du continent africain par la sexualité de l’homme africain. George Frêche, un homme de gauche, pour qui il y a trop de Noirs dans l’équipe française de football. Hélène Carrère d’Encausse, qui a expliqué les émeutes des banlieues par la polygamie des Africains. Il y a un courant profond chez ces intellectuels qui se lâchent littéralement et banalisent des concepts racistes. Ces déclarations ont été condamnées du bout des lèvres par des murmures réprobateurs. Quand on ne condamne pas, il y a connivence, et c’est cela qui est grave. Le discours xénophobe et raciste de l’extrême droite finit par s’infiltrer dans celui des partis démocratiques. Simone Veil, qui est une femme remarquable, le sait très bien : parce qu’elle est juive et qu’elle a la mémoire de la construction intellectuelle de l’antisémitisme, elle s’est immédiatement dissociée des tests ADN pour le regroupement familial.

  • Comment expliquez-vous cette dynamique ?

L’Occident connaît une crise identitaire grave parce que les identités nationales, constituées pour justifier les Etats nations, ne sont plus conformes aux réalités multiethniques de ces sociétés. Or, les intellectuels se pensent comme étant, en quelque sorte, les gardiens de ces identités nationales.

Ce clash entre identités constitutrices et réalité multi-ethnique déclenche ces éructations. Ces élites ont peur du multiculturalisme. Paradoxalement, il y a une bonne nouvelle derrière le fait que ces intellectuels se lâchent comme ça : la preuve que le multiculturalisme fait des progrès.

[Propos recueillis à New York par Isabelle Duriez]

Hortefeux se lâche à la télé

Dimanche 25 novembre 07 à 21h20, Guy Lagache recevait Brice Hortefeux, Ministre de l’Immigration, de l’Intégration, de l’Identité nationale et du Codéveloppement, dans le cadre d’un Capital consacré aux immigrés clandestins.

Alors que le présentateur Guy Lagache lui demande s’il y aura « toujours des sans-papiers sur le territoire français », il rétorque : « Ben si vous rêvez d’une société idéale dans laquelle il n’y aurait que des citoyens honnêtes, propres [...], la vérité c’est que c’est un combat permanent. » [1]

« Tu fais Ramadan, t’es une sale race, t’es une sale race »... « J’espère que tes papiers tu les auras jamais. » Voilà ce qu’on pouvait entendre dans la bouche d’un commerçant il y a seulement quelques minutes sur M6 dans l’émission Capital. Le reportage était filmé en caméra caché pendant qu’un ancien employé sans papiers revenait au restaurant de son ancienne patronne qui venait de le dégager 2 jours plus tôt (je refuse volontairement d’utiliser le terme “licencier”). Il s’agissait pour lui de récupérer ses affaires qui étaient restées dans la remise où il a passé les 3 dernières années au service du restaurant.
Les insultes de la patronne frappent par leur violence. L’immigré illégal risque peut-être d’être reconduit à la frontière, mais les mots de son ex-taulière devraient normalement être constitutifs d’une incitation à la haine raciale : 5 ans de prison et 45 000 euros d’amende si c’est public, 1 an de prison et 3750 euros d’amende si c’est privé. [...]
Et c’est ensuite un Brice Hortefeux très énervé qui intervient en plateau. Sans un mot pour les paroles racistes de l’ancienne patronne de l’immigré. [2]

Sarkozy et les musulmans

[extraits du blog de Jean Quatremer [3] ]

L’histoire se raconte dans les chancelleries européennes. Nicolas Sarkozy, recevant le Premier ministre irlandais, Bertie Ahern, le 21 septembre, puis suédois, Fredrik Reinfeldt, le 3 octobre, se serait livré à une véritable diatribe anti-musulmane devant ses invités. Selon mes sources, le chef de l’Etat s’est lancé dans un monologue confus d’une vingtaine de minutes, « dans un langage très dur, très familier, choquant pour tout dire », contre le « trop grand nombre de musulmans présents en Europe » et leurs difficultés d’intégration. Il a aussi décrit de façon apocalyptique le « choc de civilisation » qui oppose les musulmans à l’occident. Le tout, manifestement, pour justifier son opposition à l’adhésion de la Turquie à l’Union. [...]

Sarkozy et les Africains

[extraits de son discours de Dakar (26 juillet 07)]

« Le drame de l’Afrique, c’est que l’homme africain n’est pas assez entré dans l’histoire. »

« Le problème de l’Afrique, c’est qu’elle vit trop le présent dans la nostalgie du paradis perdu de l’enfance. »

« Dans cet imaginaire où tout recommence toujours, il n’y a de place ni pour l’aventure humaine, ni pour l’idée de progrès. »

Brèves de campagne

Lundi 5 février 2007, pour la première de l’émission de TF1, « J’ai une question à vous poser », Nicolas Sarkozy, interrogé sur l’immigration, a répondu qu’il était favorable à « l’immigration choisie ».

« Personne n’est obligé, je répète, d’habiter en France, mais quand on habite en France, on respecte ses règles, c’est-à-dire qu’on n’est pas polygame, on ne pratique pas l’excision sur ses filles, on n’égorge pas le mouton dans son appartement et on respecte les règles républicaines », a lancé le candidat à la présidentielle.

«  Je me sens insultée », a réagi une intervenante se disant «  d’origine algérienne et musulmane ». Sarkozy : « Vous n’êtes pas algérienne et je ne suis pas hongrois. » [4]


[1Source : Rue89.

[2Source : Betapolitique.

[4Le Monde du 7 février 2007.