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Hollande reconnaît, à Papeete, l’impact des essais nucléaires

lundi 29 février 2016, par la rédaction

Après sa visite à Wallis et Futuna, François Hollande était lundi à Tahiti. Il a notamment annoncé une révision du traitement des demandes d’indemnisation des victimes des 193 essais nucléaires que la France a conduits de 1966 à 1996 sur les atolls de Mururoa et Fangataufa. Des victimes qui sont d’un côté les habitants des atolls et de l’autre les militaires et expatriés présents sur les sites et exposés à de fortes doses de radioactivité.

En 2010, la loi Morin a été votée pour indemniser les victimes. Mais seuls une vingtaine de dossiers sur un millier reçus ont fait l’objet d’une indemnisation.

Monument dédié aux victimes des essais nucléaires dans le Pacifique, inauguré en juin 2014 à Papeete.

A Papeete, François Hollande a notamment annoncé une révision du traitement des demandes d’indemnisation des victimes des essais.

François Hollande a annoncé une révision du traitement des demandes d’indemnisation des victimes des essais et une sanctuarisation de la dotation annuelle visant à compenser la perte d’activité économique liée à l’arrêt des essais.

« Je reconnais que les essais nucléaires menés entre 1966 et 1996 en Polynésie française ont eu un impact environnemental, provoqué des conséquences sanitaires et aussi, c’est un paradoxe, entraîné des bouleversements sociaux lorsque les essais eux-mêmes ont cessé », a déclaré lundi François Hollande qui s’exprimait devant des élus polynésiens. Répondant ainsi à une ancienne revendication des associations de défense des victimes et des élus polynésiens, le chef de l’Etat a dit vouloir « tourner la page du nucléaire » après trente années d’essais menés dans les atolls polynésiens.

L’occasion pour lui d’annoncer également une révision du traitement des demandes d’indemnisation des victimes des essais. La loi du 5 janvier 2010, dite loi Morin du nom de l’ancien ministre de la Défense Hervé Morin, a apporté des « avancées » mais seule « une vingtaine » de dossiers d’indemnisation - sur un millier - ont abouti, a précisé le chef de l’Etat, qui a annoncé une prochaine modification de son décret d’application.
« J’ai décidé de modifier le décret d’application pour préciser la notion de risque négligeable pour certaines catégories de victimes lorsqu’il est démontré que les mesures de surveillance indispensables n’avaient pas été mises en place », a notamment détaillé le chef de l’Etat. Il s’est engagé à ce que l’Etat accompagne le développement du service d’oncologie au centre hospitalier de Tahiti.

La « dette nucléaire » sera sanctuarisée

La « dette nucléaire » ou « milliard Chirac » (en francs, soit l’équivalent de 150 millions d’euros aujourd’hui), une dotation annuelle qui visait à compenser la perte d’activité économique engendrée par la cessation des essais en 1996, « sera sanctuarisée » et « son niveau sera dès 2017 rétabli à plus de 90 millions d’euros », a promis François Hollande, répondant là encore à une demande pressante des élus locaux. Même si, certains observateurs sur place font remarquer qu’avec ce montant elle est certes de 4 millions supérieure à celle de cette année mais toujours en deça du niveau qu’elle avait en 2012.
« Les conséquences environnementales des essais devront également être traitées » sur les atolls qui accueillaient les installations nucléaires. L’Etat achèvera notamment « le démantèlement des installations et la dépollution de l’atoll de Hao » et ceux de Moruroa et Fangataufa feront l’objet d’une « vigilance méticuleuse ».

Plus généralement, François Hollande a reconnu « solennellement » la contribution de la Polynésie à la force de dissuasion nucléaire française. Sans la Polynésie française, « la France ne se serait pas dotée de l’arme nucléaire et donc de la force de dissuasion », a-t-il insisté. La France avait conduit 193 essais nucléaires (dont 41 atmosphériques) de 1966 à 1996 sur les atolls de Mururoa et Fangataufa.