Histoire coloniale et postcoloniale

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Georges Frêche, le parti socialiste et les harkis

samedi 20 mai 2006, par nf

Il aura fallu qu’Abdelkrim Klech passe trois mois devant le siège du Parti socialiste pour que le PS sanctionne le président de la région Languedoc-Roussillon d’une suspension de deux ans de ses instances nationales.

La prise en compte de la situation des Harkis fait partie des Devoirs de Vérité que le PS doit affronter sans attendre.

[Première publication le 19 mai 2006, mise à jour le 20 mai 2006.]


Communiqué de presse

L’AFFAIRE FRECHE EST DORENAVANT DEVANT LA JUSTICE

La Commission des conflits du Parti Socialiste s’est réunie le 19 mai 2006 et « après avoir entendu les explications de Monsieur Georges FRECHE, qui était présent, a décidé de sanctionner celui-ci de la peine prévue à l’article 11-6 des statuts ».

Que prévoit cet article ? Il s’agit en l’occurrence de « la suspension temporaire de toute délégation qui comporte, pour l’adhérent qui est frappé de cette peine, l’interdiction d’être candidat du parti, de le représenter, de parler ou d’écrire en son nom ou d’occuper un poste (fonction ou délégation) à quelque degré de l’organisation que ce soit. Toutefois, lorsqu’il s’agit d’un adhérent détenant un mandat électif, la commission (fédérale ou nationale) des conflits a la faculté de lui permettre de continuer à remplir son mandat si elle juge qu’il est de l’intérêt du parti qu’il en soit ainsi ».

Le Collectif National Justice pour les Harkis est indigné et choqué par la faiblesse de la sanction Malgré la mobilisation générale à travers la France, l’émergence de mouvements spontanés et les pétitions adressées aux instances dirigeantes du Parti de Monsieur Georges FRECHE, la commission des conflits n’a pas répondu aux attentes des réactions manifestées tant à l’intérieur de ses rangs, qu’au sein de la société française. Les propos tenus par Monsieur FRECHE ne relèvent donc que du 3ème degré de sanctions prévu à l’article 11-5 des statuts du parti relatifs à la commission des conflits. Faut-il rappeler que nombre de représentants de gauche ont demandé que le Président du conseil régional Languedoc-Roussillon soit démis de ses fonctions et exclu du Parti Socialiste. En définitive, le rôle de la Commission des Conflits se résume à celui d’une chambre d’enregistrement des décisions prises par le 1er secrétaire du PS, Monsieur François Hollande. Quel besoin de réunir une telle instance, écouter les adhérents et solliciter le vote des membres de la commission dès lors qu’il s’agit d’entériner la décision du responsable de l’exécutif du PS ? La hiérarchie des sanctions prévues par les statuts internes du PS place la suspension temporaire après l’avertissement et le blâme.

Monsieur Georges FRECHE a obtenu un seing blanc puisqu’il continue à assurer la Présidence du conseil régional Languedoc Roussillon avec la permission de son parti. Quel cynisme que de considérer qu’il peut continuer à s’exprimer, à prendre des décisions et à gérer sa Région au nom du parti, mais que ce type de prérogatives lui est prohibé en interne au sein du PS. Quant à l’interdiction de se présenter aux prochaines échéances électorales durant 2 ans, rappelons que la Loi rend d’une part, incompatible les fonctions exécutives locales entre elles, et incompatible les mandats électoraux entre député et sénateur et conseiller régional. Il est improbable que Monsieur Georges FRECHE se démette de son mandat actuel de Président de la région Languedoc-Roussillon, pour se présenter aux prochaines élections municipales de 2007 (vraisemblablement reportées en 2008).

Quant aux élections nationales prévues en 2007, l’envisager à l’investiture suprême est une affabulation totale, même François Hollande ne le considère pas comme un challenger sérieux ; quant aux législatives ou aux sénatoriales, il devra faire face à une concurrence locale farouche qui fera voler en éclats la coalition qui subsiste autour de la présidence de Région.

A vouloir ménager la chèvre et le chou, les instances dirigeantes ont fait perdre son âme au PS

Le Collectif Justice pour les Harkis constate que la sanction prise par le PS ne se résume qu’à un simple blâme. Monsieur Georges FRECHE peut se gausser de sa suspension temporaire, elle ne l’atteint pas. Durant les 2 prochaines années, il n’est concerné par aucun mandat électif. Même la sanction de 3ème degré n’est pas applicable en totalité. Pour la rendre effective, le Collectif considère que le retrait de son mandat est une condition indispensable ; il s’attendait à une exclusion définitive, telle que l’exige certains membres du PS.

La communauté harkie a montré qu’elle existe et qu’elle se mobilise pour ses droits Une fois encore, la communauté Harkie ne se laissera pas duper. Une fois encore, elle a su montrer et faire partager son indignation.

En conséquence, le Parti Socialiste doit accepter de voir que la communauté harkie existe et qu’elle est digne d’intérêt ; à quand une commission interne de réflexion et de travail sur ses problèmes spécifiques ? Les instances dirigeantes du PS doivent prendre en considération les mouvements internes qui se sont exprimés en réaction aux propos de Monsieur Georges FRECHE.

Il est également temps que les représentants de l’Etat s’interrogent sur la problématique Harkie, reconnaissent l’abandon et le massacre des Harkis et prennent en compte le préjudice subi depuis bientôt 4 générations successives. Aujourd’hui, nous attendons que la justice de la République sanctionne à la hauteur de sa gravité, l’insulte faite aux Harkis par Monsieur Georges FRECHE. Nous attendons qu’il fasse l’objet d’un jugement de droit commun, tout simplement.

LA LOI, TOUTE LA LOI, MAIS SEULEMENT LA LOI.

Abdelkrim KLECH


Président du Collectif National Justice pour les Harkis - 221, rue Etienne Marcel, 93100 Montreuil - Tél 06 61 76 40 36 - collectifharkis@yahoo.fr.

Communiqué de presse

Depuis le 17 février 2006 que le campement est maintenu devant le siège national du parti socialiste au 10 rue de Solferino à Paris, les enfants de harkis déplorent le manque de décision et la lenteur de la mise en place de la sanction à l’encontre de Monsieur Georges Frêche pour ses propos qualifiant les Harkis de « sous-hommes ».

Le PS joue l’horloge et continue à botter en touche

Le Collectif National Justice pour les Harkis regrette que trois mois après ce discours perçu comme raciste, la commission des conflits du parti auquel appartient le président du Conseil régional Languedoc-Roussillon ne s’est toujours pas réunie, et que la date du 19 mai semble dorénavant retenue, sans qu’elle ne soit définitive.
Nous espérons que cet organe interne au PS saura prendre des sanctions exemplaires, pour se démarquer enfin de ce discours honteux et incompatible avec les valeurs de notre République.

Le 25 avril dernier, le bureau national de Verts a apporté son soutien aux enfants de Harkis qui mènent cette action devant le siège national du PS : Monsieur Yann Wehrling, Secrétaire National des Verts, s’est personnellement rendu à leurs cotés pour leur témoigner de son soutien et confirmer une nouvelle fois le souhait des Verts de voir Monsieur Georges Frêche sanctionné par son parti.

Une gestion coloniale de la problématique harkie

Depuis notre arrivée en France, les Rapatriés ont fait l’objet d’une politique discriminatoire selon leur origine : alors que ceux de souche européenne étaient gérés par des lois de droit commun bien plus favorables, l’Etat s’est déchargé politiquement de la problématique harkie en confiant son traitement à des organismes privés (Comité Parodi, Cimade ...). Rappelons que cette politique de deux poids, deux mesures reposait sur l’infâme appréciation des pouvoirs publics, considérant les Harkis comme étant « des gens frustres ».

La plupart de nos parents ne savaient ni lire, ni écrire, ni parler le français ; en France, ils ont connu l’enfermement, l’exclusion et le racisme. Les gouvernements successifs ont fait une politique d’exclusion, de mépris et de parcage ; un réel apartheid était mis en place au travers des camps, des hameaux forestiers ou de cités urbaines à la périphérie de villes ; citons à titre d’exemple que nombre d’enfants de Harkis ont suivi une scolarité dans des écoles spécifiques jusqu’à l’âge de 13 ans, loin de l’école de la République. Il en résulte un taux de chômage important, avoisinant les 40 %, un taux de suicide deux fois supérieur à la moyenne nationale. Les Harkis ne peuvent plus se résigner à un abandon personnel.

Les Harkis sont maintenus dans une position de colonisés, de petits musulmans issus des départements d’Algérie. Cette politique a été menée de manière délibérée et sciemment par les gouvernements successifs. De manière volontaire, les Harkis ont été empêchés d’évoluer, contraints au renfermement et au repli sur soi. De temps à autre, une mesurette était prise. Tous les partis politiques se sont livrés à un jeu clientéliste, les Harkis étant sollicités lors des élections.

La communauté Harkie s’est mobilisée pour la mise en place d’une loi pour l’équité entre les Rapatriés

La loi n° 2005-158 du 23 février 2005 portant « reconnaissance de la Nation et contribution nationale en faveur des Français rapatriés » a toujours été rejetée par le Collectif National Justice pour les Harkis. Comment concevoir que les Harkis aient pu adhérer à son article 4, dorénavant abrogé, prônant « la reconnaissance de l’œuvre positive de la présence française en Algérie » ? La population n’a eu de cesse de vivre dans un statut d’infériorité ; elle n’a jamais été émancipée ; elle était régie par l’infâme Code de l’Indigénat. La politique menée par la France était de ne pas émanciper la population algérienne, celle-ci a perduré à l’encontre de la communauté Harkie.

La loi du 23 février 2005 a servi à enterrer la question harkie, puisqu’elle se veut être un dispositif valant « solde pour tout compte ». Ce n’est en fait qu’une coquille vide puisque les 30 000 Euros ont remplacé la rente viagère qui existait déjà.

Lors de sa lecture au Parlement, plusieurs propositions d’amendements ont émané des groupes politiques de droite comme de gauche, déplorant que la loi était insuffisante surtout à destination des enfants, des femmes divorcées et des veuves qui n’ont plus rien pour vivre. Le préjudice qu’ont subi notamment les enfants et les réparations ne sont pas concernés par cette loi. Le gouvernement a rejeté les amendements, arguant de l’insuffisance des lignes budgétaires dont il dispose.

Nous demandons aujourd’hui la mise en place d’une politique plus volontariste à destination des enfants des Harkis : réparation du préjudice moral, mesures en faveur de la formation, de l’emploi, du logement. Egalement en faveur des femmes divorcées et des veuves de Harkis, un dispositif spécifique leur permettant de vivre décemment.

Abdelkrim KLECH


Président du Collectif National Justice pour les Harkis - 221, rue Etienne Marcel, 93100 Montreuil - Tél 06 61 76 40 36 - collectifharkis@yahoo.fr.


Quand Frêche flirtait avec les ex de l’OAS

Dès 1973, le socialiste a pratiqué le clientélisme envers les nostalgiques de l’Algérie française.

par Pierre DAUM, Libération, vendredi 19 mai 2006

Il n’en parle jamais, mais n’a non plus jamais osé le démentir : au tout début de sa carrière politique, Georges Frêche, président PS du Languedoc-Roussillon, a tenté de faire alliance avec le Front national. Il a été jusqu’à tendre la main à un de ses leaders régionaux, ancien officier de l’OAS, la milice secrète des réfractaires à l’Algérie indépendante.

C’était à la fin mars 1973. Candidat pour la première fois aux élections législatives à Montpellier (Hérault), Frêche n’arrive qu’à quelques points derrière le candidat gaulliste au premier tour. Mais il sait qu’il a fait le plein des voix de gauche. Qu’à cela ne tienne. Par l’intermédiaire d’un ami pied-noir, il propose une rencontre secrète avec André Troise, candidat du tout jeune parti de Jean-Marie Le Pen, et ancien de l’OAS. Troise vient de recueillir 5 % des voix. Dans le local du FN, raconte André Troise, « devant une quinzaine de jeunes militants, Frêche s’est lancé dans une superbe harangue pour dénoncer de Gaulle et tous les criminels gaullistes ». Finalement, le FN refusera d’appeler officiellement à voter à gauche. Mais quelques jours plus tard, Frêche battait le candidat gaulliste de quelques centaines de voix.

Enfants gâtés. La compromission du socialiste avec l’OAS ne s’arrêtera pas là. En 1976, il demande à Guy Montero, ancien officier de la Légion étrangère condamné à cinq ans de prison pour appartenance à l’OAS, de lui fournir un service d’ordre pour la campagne des municipales. Et inscrit Montero sur sa liste. En 1977, Frêche remporte la mairie et Montero entre au conseil municipal. Il y restera six ans.

Cette main tendue aux nostalgiques de l’Algérie française s’inscrit chez Frêche dans une politique plus globale de clientélisme envers les rapatriés d’Algérie. En 1977, la ville en comptait 25 000 sur 180 000 habitants. « Mais Georges Frêche, qui est un féru de marketing, a calculé que 50 000 au moins étaient concernés par la question pied-noire, soit plus d’une personne sur quatre », explique Jean-Pierre Foubert, son ancien chef de cabinet, pour qui « la prise en compte par Georges Frêche du vote pied-noir a été un des éléments important de sa victoire en 1977 ». En presque trente ans de pouvoir local, les pieds-noirs ont été les enfants gâtés de sa politique : subventions à une myriade d’associations (les Anciens d’Alger, les Anciens d’Oran, les Anciens de Blida, etc.), construction d’une somptueuse Maison des rapatriés, large distribution d’emplois municipaux, accès facilité aux logements... Dernier grand projet en date : la création d’un musée de la France en Algérie, afin de « rendre hommage à ce que les Français ont fait là-bas » [1]. Des historiens ont dénoncé cette vision « complaisante et nostalgique » de l’Algérie française. « Rien à foutre des commentaires d’universitaires trous du cul, a rétorqué Georges Frêche. On les sifflera quand on les sollicitera. »

En berne. Mais au-delà de cette stratégie électoraliste, « Georges Frêche s’est fait le champion d’une idéologie pied-noire, non dans sa version libérale qui est celle des partisans du dialogue, mais dans la version radicale de ceux qui prônent la vengeance à l’égard des musulmans et de leurs alliés métropolitains », analyse Vincent Geisser, politologue au CNRS, à Aix-en-Provence [2]. Une anecdote parmi d’autres : le 23 novembre 1994, apprenant qu’Henri Alleg, militant communiste et premier à avoir dénoncé la torture en Algérie, donne une conférence à Montpellier, Frêche le traite publiquement de « cadre français du FLN, le mouvement des égorgeurs de harkis et de pieds-noirs », coupable d’une « trahison » qui « a valu à d’autres douze balles dans la peau ». Ou encore, en 1982, il met en berne tous les drapeaux de la ville parce que Claude Cheysson, ministre des Relations extérieures de François Mitterrand, vient de s’incliner à Alger devant la tombe des héros du FLN.

Les débats sur l’article 4 de la loi du 23 février 2005, qui reconnaissait « le rôle positif » de la France dans ses colonies, ont permis à Frêche d’afficher à nouveau ses convictions : « Il y en a marre de voir la France se culpabiliser sur la colonisation », lance-t-il fin décembre 2005. Quelques jours plus tôt, devant son conseil régional, et soutenu par les élus frontistes, il avait entonné d’une voix fière le Chant des Africains, devenu l’hymne des nostalgiques de l’Algérie française.

Paternaliste. Début février, parce que des députés UMP de la région organisent un meeting pour dénoncer l’abrogation du fameux article 4, il se dépêche de faire de même. Apprenant que des harkis, qu’il considère comme étant ses protégés, ont osé se rendre au meeting de l’UMP, Frêche s’emporte, et les injurie (lire ci-contre). « Ce jour-là, il a montré combien il reproduit le rapport paternaliste des colons vis-à-vis des "populations musulmanes", analyse Gilles Manceron, historien de la colonisation. Il s’inscrit dans une certaine tradition de la gauche colonialiste, qui remonte à Jules Ferry et qu’on retrouve dans la SFIO de Guy Mollet, où se mêle au discours républicain celui de la mission colonisatrice des races supérieures vis-à-vis des races inférieures. »


"Georges Frêche suspendu des instances dirigeantes du Parti
socialiste"

[Le Monde daté du 20 mai 2006]

Le président socialiste du Languedoc-Roussillon a été sanctionné vendredi pour ses propos sur les harkis. "Georges Frêche est suspendu temporairement de ses délégations internes au parti socialiste pour une période de deux ans à compter du 28 février 2006", explique la commission des conflits du PS dans un communiqué. Cette sanction a été prononcée par la commission nationale des conflits du PS, composée de 23 membres et présidée par l’ex-président de l’Assemblée nationale Louis Mermaz, qui avait auparavant "entendu" M. Frêche.

M. Frêche, qui avait traité des harkis de "sous-hommes" lors d’une cérémonie le 11 février à Montpellier, avait ensuite présenté des excuses. Il avait cependant été suspendu du bureau national du PS le 28 février. Cette mesure avait été jugée insuffisante par plusieurs responsables socialistes.

SOS Racisme s’est félicité de cette décision dans un communiqué, estimant qu’"il aurait été incompréhensible qu’après de tels propos, le Parti socialiste ne prenne aucune mesure."

M. Frêche a en outre été mis en examen le 24 mars pour "injures envers un groupe de personnes en raison de son appartenance ethnique, raciale ou religieuse".

Plusieurs responsables socialistes souhaitaient attendre la décision de justice avant de laisser la commission des conflits se prononcer. Les partisans d’une sanction à l’égard de Georges Frêche estimaient, à l’image de René Revol, membre de la fédération PS de l’Hérault et du conseil national du PS, que la direction avait "peur de se mettre à dos la fédération de l’Hérault qui pèse 4 500 adhérents et qui peut faire et défaire les rois".