Histoire coloniale et postcoloniale

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Frontex face aux migrants africains illégaux

samedi 29 décembre 2007

La lutte contre l’immigration illégale est au premier rang des priorités de l’Union européenne. Elle tente de garder à distance les
candidats indésirables en « externalisant » le contrôle de l’immigration au moyen d’accords avec les pays d’origine ou de transit. L’Union européenne s’est également dotée d’une agence de surveillance de ses frontières extérieures, baptisée Frontex.

Le bref exposé qui suit – bref en regard de l’importance et de la complexité du sujet – est issu de l’intervention de François Nadiras au colloque organisé à Toulon par le CERC, les 8 et 9 novembre 2007. Il se limite aux activités de Frontex dans deux zones maritimes : autour des Canaries d’une part, face à l’immigration provenant d’Afrique occidentale, et en Méditerranée centrale, autour de Malte et Lampedusa, face à celle venant du Maghreb.

Toulon

Début juin 2007 la marine française rapatrie à Toulon les dépouilles de dix-huit migrants clandestins anonymes, morts en Méditerranée. Ils ont été inhumés dignement mais dans la discrétion [1]. Ailleurs, sur les îles espagnoles des Canaries ou sur celle italienne de Lampedusa, plusieurs centaines de cadavres de migrants reposent déjà. Plus de 9 000 personnes sont mortes en mer durant ces vingt dernières années en essayant de gagner l’Europe, et la moitié des cadavres n’ont jamais été retrouvés.

Le ministre français de l’immigration, Brice Hortefeux, est venu à Toulon pour le retour des corps. Il a affirmé sa volonté de " poursuivre la lutte implacable contre les passeurs et les trafiquants qui exploitent la misère de ces migrants ". En fait ce n’est pas contre eux que la lutte s’annonce " implacable ", mais contre les migrants illégaux, qui, selon les estimations de l’Union européenne, seraient environ cinq cent mille à franchir chaque année les frontières européennes, dont 14 % par la voie maritime.

FRONTEX

En octobre 2004, l’Union européenne s’est dotée d’une agence de surveillance des frontières, baptisée Frontex (agence européenne pour la gestion de la coopération opérationnelle aux FRONTières EXtérieures des États membres de l’Union européenne).

Un an plus tard, en octobre 2005, Frontex est opérationnelle. Son siège est à Varsovie et son directeur est le général de brigade finlandais M. Ilkka Laitinen.

Frontex coordonne la coopération opérationnelle entre les États membres en matière de gestion des frontières extérieures, assiste les États membres pour la formation des garde frontières nationaux, y compris dans l’établissement de normes communes de formation… apporte aux États membres une assistance technique et opérationnelle et leur fournit l’appui nécessaire pour organiser des opérations de retour conjointes.

Le personnel, le budget, les équipements (avions, bateaux, hélicoptères) sont fournis par les Etats membres ; les opérations conduites par Frontex sont donc liées au concours que ceux-ci sont disposés à lui apporter.

Frontex fait partie du domaine de compétence de Franco Frattini, vice-président de la commission en charge du domaine "Liberté, sécurité et Justice". Depuis novembre 2004, cet homme politique italien, membre du parti Forza Italia, est chargé des droits fondamentaux, de la lutte contre le terrorisme et le crime organisé, ainsi que de l’immigration, l’asile et les questions liées aux frontières. C’est donc lui qui, à plusieurs reprises, appellera les Etats membres à débloquer les fonds et les matériels nécessaires à Frontex.

Cette carte établie par Olivier Clochard et Philippe Rekacewicz, intitulée « Des morts par milliers aux portes de l’Europe », ne prend en compte que des données relatives aux années de 1993 à 2004 qui ont été contrôlées de façon précise.

Côté Atlantique : les Canaries

Au cours de l’année 2006, à la demande de l’Espagne, Frontex met en place un dispositif de contrôle de l’émigration clandestine au large du Sénégal et de la Mauritanie. Il s’agit d’empêcher l’arrivée d’immigrants illégaux sur l’archipel espagnol des Canaries – ils seront plus de 31 000 en 2006 (contre 4 700 en 2005).

Six embarcations transportant 410 immigrants illégaux africains ont été interceptées vendredi et samedi 5 et 6 mai par les autorités espagnoles près de l’archipel des Canaries, selon les services d’urgence. Les Canaries, avec le détroit de Gibraltar, sont la porte d’entrée principale de l’immigration clandestine venue d’Afrique par voie de mer en Espagne. Près de 5 000 Africains sont arrivés dans l’archipel à bord de petites embarcations au cours des quatre premiers mois de l’année, a indiqué lundi 8 mai le préfet des Canaries.

[Le Monde du 10 mai 2006, repris de l’AFP.]
Sur une plage des Canaries, en mai 2006 (Photo Juan Medina).

Réunis à Madrid sous l’impulsion de l’agence européenne des frontières (Frontex), quatorze pays se sont mis d’accord sur un plan d’action pour tenter d’enrayer les départs de cayucos vers les Canaries. L’opération doit commencer début juillet, les mois d’été étant en général ceux où l’immigration par mer est la plus intense. Escortés par un hélicoptère et un avion, quatre navires (deux fournis par l’Espagne, les deux autres par l’Italie et la France) auront la mission de patrouiller le long de ces côtes africaines. La Mauritanie a déjà donné son feu vert, les autorisations du Cap-Vert et du Sénégal sont imminentes, selon Madrid.

[« Madrid a convaincu l’UE de l’aider à enrayer l’immigration croissante via les Canaries », Libération, le 22 juin 2006]

Un patrouilleur italien du dispositif européen de contrôle des frontières (Frontex) a intercepté au large du Sénégal un bateau transportant 300 immigrants illégaux d’origine indienne et pakistanaise, a indiqué vendredi l’ambassade d’Italie en Espagne. Ce bateau, battant pavillon nord-coréen et baptisé ‘Happy Day’, a été intercepté jeudi après-midi à 80 miles au large de Dakar par le patrouilleur italien ‘Dattilo’, selon un communiqué de l’ambassade italienne à Madrid. « Les six membres de son équipage ont été arrêtés mais ils sont encore actuellement à bord du bateau », ajoute le communiqué, qui souligne la collaboration de « deux officiers sénégalais » dans cette opération. Cette interception est « une démonstration de plus de l’étroite collaboration entre les pays intégrant Frontex, notamment l’Espagne et l’Italie, dans la prévention de l’immigration clandestine », précise l’ambassade d’Italie.

[Sur le le site sénégalais Walfadjri le 23 mars 2007.]

Le Sénégal est l’un des principaux pays africains pourvoyeurs de migrants clandestins vers l’Europe et un important point de départ le long de ses plus de 700 km de côtes. Le pays tente de freiner ces départs à travers des opérations dans le cadre de Frontex auquel il a été associé en 2006. En octobre 2007 la décision est prise de rendre permanente cette surveillance des Canaries au moyen de patrouilles communes, avec la coopération des pays africains.

Entre 4.000 et 6.000 Asiatiques clandestins sont massés en Guinée-Conakry dans l’attente de tenter une traversée vers les côtes espagnoles à bord de navires poubelles, selon le quotidien ABC qui cite des rapports des services secrets espagnols (CNI). La plupart viennent d’Inde, du Pakistan, du Sri Lanka ou de Birmanie, et ont passé plusieurs années à travailler dans les pays du Golfe persique avant d’être acheminés en Afrique par des réseaux de trafiquants, en volant notamment avec la compagnie Ethiopian Airlines, selon le journal. ABC ajoute que la ville marocaine de Casablanca est aussi une étape importante pour ces immigrants qui se réunissent avant de descendre vers la Guinée-Conakry, sur la côte ouest-africaine.

[AFP - 20 septembre 2007]

De moins en moins de migrants prennent le risque de rejoindre l’Europe depuis l’Afrique à bord d’embarcations de fortune à cause du renforcement de la surveillance en mer. Mais les tentatives d’émigration vers les Canaries n’ont pas cessé.

Le corps d’un migrant flottant au large des Canaries, le 18 janvier 07 (Juan Medina/Reuters).

140 jeunes gens du Fouladou [Sud de Dakar] périssent en haute mer, au large des cotes marocaines. Sur les 160 candidats au voyage des îles Canaries, seuls 10 ont pu être repérés et sauvés par les pécheurs espagnols. […] Le marchandage se fait à raison de 400.000 F cfa ou une paire de bœufs par candidat au voyage.

[www.sudonline.sn, 22 octobre 2007]

Une centaine de clandestins ouest-africains, épuisés et traumatisés, attendaient mercredi à Nouadhibou (Mauritanie) leur rapatriement après la mort de soif, de faim et de froid d’au moins 45 passagers de leur embarcation. […] L’embarcation, partie de Casamance (sud du Sénégal) et qui tentait de rejoindre l’archipel des Canaries (Espagne), était tombée en panne au large du Maroc et avait dérivé une semaine jusqu’au nord de la Mauritanie, où l’armée les a recueillis lundi.

[AFP – 7 nov 2007]

Ce drame intervient le jour de l’arrivée aux Canaries de deux nouvelles embarcations avec plus de 110 clandestins africains, alors que 200 autres émigrants ont débarqué dimanche et lundi sur l’archipel à bord de trois autres « cayucos ». Cette nouvelle vague d’embarquements clandestins s’explique sans doute par une météo favorable.

D’après la préfecture des Canaries, à la date du 10 décembre 2007, 11 400 immigrants clandestins étaient parvenus à gagner l’archipel par la mer depuis le début de l’année. Environ la moitié d’entre eux ont été rapatriés dans leurs pays d’origine. Le nombre d’arrivants a donc nettement diminué après le record de plus de 31 000 en 2006. Les autorités espagnoles expliquent cette baisse par le renforcement de la surveillance des côtes africaines grâce au dispositif de Frontex et par le « haut degré de collaboration » avec le Sénégal et d’autres pays africains.

[AFP - 10 décembre 2007 14h07]

En dépit du renforcement de la coopération entre pays européens et africains, la pression migratoire vers "l’Eldorado européen" reste très forte. Selon l’Organisation internationale pour les migrations (OIM), les routes de l’émigration clandestine sont devenues plus longues et plus risquées. Les départs des clandestins s’effectuent essentiellement depuis la province sénégalaise de Casamance, la Gambie, la Guinée-Bissau et la Guinée Conakry. Les passeurs essaient d’éviter le dispositif Frontex en passant par les eaux gambiennes pour rejoindre ensuite les eaux internationales. En effet, la Gambie n’a pas signé d’accord avec Frontex, au contraire de la Mauritanie, du Maroc et du Sénégal. De nombreuses pirogues et embarcations disparaissent en mer - sans être recensées.

Côté Méditerranée : Malte et Lampedusa …

Du fait de sa situation géographique, à 300 km des côtes libyennes ou tunisiennes, Malte est un des lieux importants d’immigration clandestine. Malte est le plus petit Etat de l’Union européenne et celui dont la densité est la plus élevée (400 000 habitants sur 315 km²). On comprend que les chiffres relativement importants de l’immigration clandestine arrivée par la mer – 1 822 en 2005 et 1 780 en 2006 – aient posé des problèmes spécifiques.

De leur côté, les autorités italiennes ont dénombré au cours de l’année 2005, l’arrivée de près de 23 000 migrants clandestins en Sicile ou dans l’île de Lampedusa voisine de Malte.

Dès 2006, une surveillance maritime a été mise en place pour y faire face, mais la coopération a été plus difficile à organiser, les Etats n’ayant pas toujours tenu leurs engagements de fournir navires et avions à Frontex. Une opération dénommée Nautilus II, a été lancée fin juin 2007 en Méditerranée centrale, avec des moyens aériens français et allemands, des navires grecs, espagnols et maltais, les équipages maltais étant aidés par des experts italiens et français. Faute de moyens, elle a dû être suspendue début août, mais elle a pu reprendre un mois plus tard avec la participation de Malte, la France, l’Espagne, l’Allemagne, la Grèce et l’Italie. D’après les autorités italiennes, le flux de clandestins venus d’Afrique s’était accru en Méditerranée pendant l’arrêt des patrouilles de Frontex (en août).

Malte a proposé que les migrants secourus en Méditerranée soient débarqués dans l’Etat le plus proche, puis répartis dans différents pays de l’UE qui examineraient une demande d’asile ou les rapatrieraient – mais cette proposition a été refusée par les autres pays.

Fin mai 2007, Malte a été mise en cause pour n’avoir pas secouru des migrants naufragés. Notamment un groupe d’Africains en provenance du Niger, du Nigeria, du Ghana, du Cameroun, du Soudan et du Togo, qui avaient dérivé plusieurs jours accrochés à des cages d’élevage de thons (ils ont finalement été accueillis sur l’île de Lampedusa).

L’obligation inscrite dans le code maritime de porter secours à tout être humain en danger a parfois été oubliée. C’est ainsi que sept pêcheurs tunisiens ont été arrêtés, début août, accusés d’être des « passeurs » de migrants clandestins - alors qu’ils n’avaient fait que sauver 44 d’entre eux victimes d’un naufrage dans le détroit de Sicile.

communiqué du Réseau Migreurop [2]

le 1er septembre 2007

Procès d’Agrigente : non au délit de solidarité

Devant le tribunal d’Agrigente (Sicile) comparaissent depuis le 22 août sept pêcheurs tunisiens accusés d’avoir « favorisé l’immigration clandestine », délit réprimé par la loi italienne. Ils risquent jusqu’à 15 ans de prison. Poursuivis comme s’ils étaient des trafiquants, ces pêcheurs n’ont pourtant accompli que le plus élémentaire devoir de solidarité : le 8 août, au large de l’île de Lampedusa, ils ont porté assistance aux 44 passagers d’une embarcation de fortune en perdition et les ont acheminés jusqu’au rivage. Sans leur intervention, il est probable que les naufragés, parmi lesquels deux femmes enceintes et deux enfants, auraient connu le même sort que les milliers de migrants et exilés qui, depuis quelques années, ont péri en mer en tentant de rejoindre les côtes européennes.

Le procès d’Agrigente est un nouvel épisode de la guerre menée par l’Union européenne contre les migrants et les réfugiés. Après la militarisation de la côte andalouse, après les dramatiques événements de Ceuta et Melilla de 2005, au cours desquels plusieurs personnes ont trouvé la mort sous les balles de la police marocaine pour avoir tenté de franchir la frontière espagnole, après le verrouillage des côtes mauritanienne et sénégalaise pour empêcher la traversée vers les îles Canaries, après les camps de rétention où, comme en Libye, les droits des étrangers et des réfugiés sont bafoués, c’est aujourd’hui l’arme de la dissuasion qui est brandie.

En sanctionnant l’assistance à personne en danger, les autorités italiennes incitent les marins et les pêcheurs à violer le droit international de la mer qui prescrit de privilégier tant que faire se peut le sauvetage des navires en perdition. Mais ce n’est pas tout : en interdisant les opérations de secours, elles se rendent responsables, au mieux, du renvoi vers des pays où leurs droits ne sont pas respectés de personnes qui ont besoin de protection. Au pire, elles condamnent à mort des femmes, des hommes et des enfants qui n’ont commis d’autre faute que de chercher une existence meilleure, voire parfois d’essayer de sauver leur vie.

Laboratoire de la politique migratoire de l’UE, l’Italie, en 2005, expulsait par charters des centaines de migrants vers les geôles libyennes. Aujourd’hui, elle leur interdit l’accès à ses côtes, s’inscrivant dans la logique d’externalisation par l’Europe du contrôle de ses frontières dont l’agence européenne Frontex est l’instrument emblématique.

Acteurs des sociétés civiles d’Afrique subsaharienne, d’Afrique du Nord et d’Europe, militants et démocrates du sud et du nord de la Méditerranée,

- nous demandons le renoncement à l’idéologie sécuritaire et répressive qui oriente aujourd’hui les politiques migratoires, par l’externalisation de l’asile et des contrôles aux frontières et la criminalisation des migrations,
- nous refusons que soit mis en place un « délit de solidarité » contre les défenseurs des droits humains,
- nous exigeons la relaxe des sept pêcheurs tunisiens des bateaux Mortadha et Mohammed el-Hedi.

Le 1er juin 2007, un navire de la Marine nationale a repêché à une centaine de milles au sud de Malte les corps de dix-huit migrants (quatorze hommes dont deux adolescents, et quatre femmes) morts en mer. Ils ont été inhumés jeudi 7 juin à Toulon, à l’issue d’une cérémonie oecuménique en présence des autorités. Leur état de décomposition, après plusieurs jours dans l’eau, n’a pas permis de déterminer l’origine de ces malheureux candidats à l’immigration. Peut-être étaient-ils des naufragés de cette barque, chargée de 53 immigrants, photographiée le 21 mai avant de disparaître. (AFP/AFM Press Office)

En avril, lors d’un conseil européen, le ministre italien de l’intérieur avait déclaré qu’à ses yeux il est "crucial" d’impliquer les Libyens et de patrouiller à l’entrée des ports de départ des embarcations de migrants : "C’est ce que nous avons fait en Albanie. Cela représente un effet dissuasif, ils te voient et n’osent pas sortir en mer." La démarche s’était montrée efficace, au début des années 1990. Seul l’accord avec Tirana pour la création de patrouilles conjointes italo-albanaises devant les ports avait réussi à endiguer le flux d’immigrés venant d’Albanie sur les côtes des Pouilles. L’Italie voudrait aujourd’hui "exporter" ce modèle, mais elle se heurte à des difficultés avec la Libye qui n’accepterait cette opération de contrôle des ports au Nord que si elle était accompagnée d’un contrôle de sa frontière sud, là où les clandestins entrent par milliers. De très nombreux migrants clandestins, venus notamment d’Afrique subsaharienne, séjourneraient en Libye où ils attendraient une occasion pour monter dans des embarcations de fortune en direction de l’Europe.

Franco Frattini a invité la Tunisie, le Maroc et l’Algérie à participer aux patrouilles de Frontex pour combattre l’immigration clandestine, mais il ne semble pas qu’une coopération analogue à celle que les Espagnols ont réussi à établir avec des pays d’Afrique occidentale ait pu se mettre en place en Méditerranée centrale.

Au large de Malte (juin 2007).

Selon les sources du ministère de l’Intérieur italien, le nombre de clandestins débarqués s’est élevé à 14 968 du début de l’année 2007 jusqu’au 17 septembre. Sur la même période, ils avaient été 16 093 en 2006. Cette légère diminution masque deux données préoccupantes. Le nombre de débarquements constatés est en forte augmentation : il aurait doublé entre 2005 et 2006. En clair, il y a plus de bateaux transportant chacun un nombre plus limité de passagers. Pour les experts, cela signifie que le trafic d’êtres humains a changé de nature. Autrefois, les passeurs embarquaient les immigrés sur de grands bateaux et les conduisaient jusqu’en Europe. Pour éviter d’être arrêtés par les garde-côtes et de voir leurs navires saisis, ils mettent désormais les clandestins sur de petites embarcations de fortune (70 % font moins de 8 mètres de longueur). Les passeurs n’effectuent plus la traversée, se contentant de confier le timon à l’un des migrants auxquels ils fournissent quelques rudiments de navigation. Ces conditions extrêmement précaires expliquent l’augmentation des naufrages. De fait, les victimes sur les côtes européennes sont de plus en plus nombreuses : près de 1 100 depuis le début de l’année.

[« La Méditerranée charrie toujours plus de cadavres sur la route de l’Europe » par Éric Jozsef, Libération, mardi 30 octobre 2007]

De nouveaux drames : le 14 septembre 2007, interception de 194 migrants clandestins au large de l’île de Lampedusa ; 28 autres sont sauvés au large de Malte (l’embarcation qui prenait l’eau transportait des clandestins originaires de Somalie, du Ghana et du Liberia). Le 28 octobre, deux embarcations chargées d’immigrés font naufrage sur les côtes italiennes, causant la mort d’au moins dix-sept clandestins ; en Sicile, huit personnes sont portées disparues ; en Calabre, un chalutier qui transportait 120 personnes se brise à proximité de la rive, dans une mer force 8 – il y aurait une trentaine de disparus.

Durant le mois d’octobre 2007 au moins 296 migrants et réfugiés morts en essayant de rejoindre les pays de l’Union européenne [3].

Côté budget

Un signe qui ne trompe pas : le budget de Frontex est passé de 14 millions d’euros en 2005, à 32 millions en 2006 et 72 millions pour 2007.

L’Europe devant l’immigration.
[Plantu, Le Monde du 21 juin 2003]

Le 12 septembre dernier, un « bateau de croisière mythique », le Club Med II, qui avait quitté Tunis la veille, voguait en direction d’Alger, avec 250 passagers à bord et 200 membres d’équipage. A 10 heures, alors qu’il navigue à environ 30 milles (55 km) des côtes algériennes, des clients qui déjeunent au restaurant ont l’oreille attirée par des cris venant de l’extérieur. Ils se précipitent vers la balustrade : à 200 mètres, ils aperçoivent une barcasse qui fait du surplace et où s’entassent une vingtaine de personnes. La plupart, debout, hurlent en élevant les bras et en agitant des tee-shirts. Mais le navire les ignore superbement, ne ralentit pas et trace sa route. Léger malaise à bord...

Dans un rapport du 29 octobre, le commandant du Club Med II donne sa version des faits « [...] Entre Skikda et Alger, à une distance de 8 milles (15 km) de la côte, nous avons aperçu une embarcation, genre barque de pêche, d’une quinzaine de mètres, avec, à son bord, une dizaine de personnes. Les conditions météo étaient excellentes, vent de force 3, portant à la côte, ciel clair, grand beau temps, houle de nord modérée, d’environ deux mètres. » « Deux personnes [...] agitaient leurs bras, en signe de salut, comme le font la plupart des personnes sur les embarcations que nous rencontrons. En aucun cas cette embarcation ne m’a paru en difficulté, aucun signe de détresse n’a été émis [...]. Cette embarcation ne courait aucun danger [...], j’ai donc continué ma route. »

[Christophe Nobili, Le Canard enchaîné, 31 octobre 2007]

« L’Europe à tout prix » dessin paru en mai 2005 dans le journal satirique Pili Pili à Kinshasa (R.D. Congo). Son auteur, Alain Kojelé Makani, a été lauréat dans la catégorie Dessin de presse du prix RFI-Reporters sans frontières 2005.

L’espace Schengen

Vendredi 21 décembre 2007, neuf des Etats entrés dans l’UE en 2004 sont devenus membres de l’espace Schengen : Estonie, Hongrie, Lettonie, Lituanie, Pologne, Slovénie, Slovaquie, République tchèque, et Malte. Cette mesure concerne, dans un premier temps, les frontières terrestres et maritimes et s’appliquera en mars 2008 aux frontières aériennes.

Un délai supplémentaire a été jugé nécessaire pour que la décision concerne aussi Chypre, la Bulgarie et la Roumanie.

Jusqu’à présent treize des pays de l’UE avaient supprimé les contrôles aux frontières en vertu de l’accord de Schengen. Signé en 1985 par cinq d’entre eux, il est entré progressivement en vigueur depuis 1995 dans la quasi-totalité des Etats membres, à l’exception du Royaume-Uni et de l’Irlande. En revanche, deux Etats extérieurs à l’Union, l’Islande et la Norvège, sont associés à cette politique. Et la Suisse le sera prochainement.

Accord italo-libyen pour des patrouilles communes

AFP 29.12.07 Le ministre italien de l’Intérieur, Giuliano Amato, et le ministre libyen des Affaires étrangères, Abdurrahman Mohamed Shalgam, ont signé samedi 29 décembre à Tripoli un accord de coopération pour lutter contre l’immigration clandestine, prévoyant notamment des patrouilles communes. Le texte prévoit notamment la mise en place de patrouilles maritimes conjointes au large des côtes libyennes.

Les "six unités navales" italiennes prévues par l’accord embarqueront des "équipages mixtes" et effectueront des missions "de contrôle, de recherche et de sauvetage dans les zones de départ et de transit des embarcations servant au transport des immigrés clandestins, aussi bien dans les eaux libyennes qu’internationales", est-il précisé.
"Il sera ainsi possible de lutter avec plus d’efficacité contre ces trafics, en sauvant un grand nombre de vies et en se débarrassant des bandes criminelles qui gèrent" ces migrations clandestines, a déclaré Giuliano Amato.

L’Italie est confrontée à l’arrivée massive sur sa petite île de Lampedusa et ses côtes siciliennes de clandestins partis pour une grande partie de Libye.
Samedi soir, le ministère de l’Intérieur a indiqué dans un communiqué à Rome qu’en 2007, 16.482 immigrés clandestins "probablement en provenance" de Libye avaient débarqué sur les côtes italiennes, soit un chiffre en baisse par rapport à 2006 où 20.927 personnes avaient été recensées.

"Cette différence est le fruit des efforts de l’Italie et de l’Union européenne concernant cette question, et surtout de la collaboration qui s’est développée avec la Libye et qui a permis d’aboutir à l’accord d’aujourd’hui", s’est félicité le ministère.


[2Ce communiqué de Migreurop a été signé par différentes associations de défense des droits de l’Homme, et notamment la Cimade, le Mrap, la LDH, le Gisti, l’Aedh (Association européenne pour la défense des droits de l’Homme).

Les pêcheurs ont bénéficié d’une relaxe.

[3Source : Fortress Europe.