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Abd el-Kader à Damas

vendredi 29 octobre 2004, par françois

Il se consacre à la religion et à la littérature. La protection qu’il accorde à des chrétiens menacés lui vaut une très grande popularité en Occident.

En décembre 1852, Abd el-Kader quitte la France après avoir fait le serment de ne jamais retourner en Algérie. Jusqu’à la fin de sa vie, il recevra une pension du gouvernement français. Accompagné de toute sa famille, il s’embarque à Marseille pour la Turquie. Il vit d’abord à Bursa. En 1855, il s’installe définitivement à Damas [1] où se trouve le tombeau du grand mystique musulman Ibn `Arabi [2].
Des Algériens le rejoindront, constituant autour de lui une petite colonie d’exilés.

Abd el-Kader se consacre alors à la religion et à la littérature. Il réunit des livres précieux, fait rechercher les manuscrits d’Ibn Arabi qu’il entreprend d’éditer. Il écrit des ouvrages, des poèmes, enseigne et commente les grands textes coraniques à la mosquée ou dans les confréries.

L’enseignement de l’émir est un modèle de tolérance : tout individu en prière, qu’il soit juif, musulman, chrétien ou même idolâtre prie un seul et même Dieu unique. C’est la théorie du wahdat al-wujud, de l’unicité absolue de l’essence divine, qu’il développe notamment dans son œeuvre majeure,
Kitâb al-mawâqif (Le Livre des haltes, des stases, des états et des étapes) : "Dieu est l’essence de tout adoré et tout adorateur n’adore que Lui." Mais il va plus loin encore qu’aucun homme de foi ou de religion avant lui : toutes les prières, enseigne-t-il, s’adressent au Dieu unique, seule la forme diverge car chaque peuple a reçu la parole divine selon le mode spécifique qui lui correspondait :

Pour qui le veut le Coran [...]
Pour qui le veut la Torah
Pour tel autre l’Évangile
Pour qui le veut mosquée où prier son Seigneur
Pour qui le veut synagogue
Pour qui le veut cloche ou crucifix
Pour qui le veut Kaaba dont on baise pieusement la pierre
Pour qui le veut images
Pour qui le veut idoles
Pour qui le veut retraite ou vie solitaire
Pour qui le veut guinguette où lutiner la biche.

Les émeutes de Damas

En 1856, l’empire ottoman instaure une sorte de citoyenneté sans référence à la religion, assurant aux chrétiens les mêmes droits qu’aux musulmans. Cette clause entraîne des émeutes au Liban et en Syrie. En 1860, des chrétiens maronites sont massacrés ; Abd el-Kader, aidé de ses fils et de ses compagnons, s’emploie à les protéger et leur offre l’asile. Ce geste lui vaut une immense popularité en Occident.

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Abd el-Kader arrive au secours des chrétiens à Damas, en 1860
image d’Epinal - 1870

Sous le Second Empire, Abd el-Kader revient trois fois en France, en 1855, en 1865 et en 1867 à l’occasion de l’Exposition universelle de Paris.
Napoléon III lui propose de prendre la tête de l’État arabe qu’il envisage de créer en Syrie à la suite du démembrement de l’empire ottoman. Abd el-Kader refuse catégoriquement la proposition de l’empereur.

De janvier 1863 à juillet 1864, il effectue un long pèlerinage à La Mecque et Médine, occasion d’approfondir sa foi.

Abd el-Kader s’éteint à Damas, le 26 mai 1883. Il est inhumé à côté de la tombe d’Ibn `Arabi, dans une mosquée de Damas.


Source : "Abd el-Kader le magnanime" de Bruno Etienne et François Pouillon, éd. Découvertes Gallimard (mars 2003).


[1La Syrie faisait alors partie de l’empire ottoman.

[2Ibn `Arabi (al-Cheikh al-Akbar), né à Murcie en Andalousie en 1165 et mort à Damas en 1240. Abd el-Kader le considère comme le plus grand maître spirituel.